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À Saly, le ministère de l’Éducation veut faire passer le numérique éducatif “de la promesse à la preuve”

À Saly, le ministère de l’Éducation veut faire passer le numérique éducatif “de la promesse à la preuve”

Le ministère de l’Éducation nationale a ouvert, ce jeudi 13 août 2026 à Saly Portudal, un atelier national stratégique consacré à l’appropriation et au déploiement de son écosystème numérique éducatif. Pendant trois jours, les acteurs du système éducatif doivent définir les conditions du passage à l’échelle de cinq plateformes que sont PLANETE 3, EDUSTAT, SENKALA, TAGGATU et RAMATU, avec une première échéance majeure : la rentrée scolaire 2026-2027. Pour le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, l’heure n’est désormais plus à la multiplication des outils, mais à leur utilisation effective dans les écoles et établissements.

À l’ouverture officielle des travaux, ce jeudi matin à l’Hôtel Rhino Resort de Saly Portudal, Monsieur Guirassy a placé la question des usages au centre de son intervention. Au-delà des plateformes, des équipements ou des technologies, il estime que la transformation numérique devra désormais être appréciée à l’aune de son impact concret sur le fonctionnement quotidien de l’École sénégalaise.

La question posée aux participants est ainsi clairement formulée : comment faire en sorte que le numérique permette effectivement à l’enseignant de mieux enseigner, à l’élève de mieux apprendre, à la famille d’accéder plus facilement aux services scolaires, au chef d’établissement de mieux gérer et au ministère de mieux piloter et décider ?

Pour le ministre, cet atelier doit ainsi constituer un “passage de phase”. Le ministère considère avoir suffisamment travaillé sur la construction des fondations de son dispositif numérique et entend désormais s’attaquer à la question de son appropriation et de son utilisation à grande échelle.

Cette orientation s’inscrit dans la Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025-2029 (SNE), conçue pour rompre avec une succession d’initiatives numériques parfois isolées et aller vers une politique publique cohérente, durable et mesurable. La stratégie articule notamment formation des personnels, ressources pédagogiques, équipements, connectivité, plateformes, données, sécurité et intégration responsable de l’intelligence artificielle. Sa finalité est triple : améliorer la qualité des apprentissages, renforcer l’équité et accroître la performance du service public d’éducation.

105 000 enseignants et personnels à former

La transformation envisagée repose d’abord sur les ressources humaines. Un programme national prévoit ainsi la formation de 105 000 enseignants et personnels de l’éducation au numérique et à l’intelligence artificielle.

Pour le ministère, l’enjeu dépasse le nombre de personnes formées : il s’agit de faire évoluer les pratiques d’enseignement, d’accompagnement, de gestion, de collaboration et de prise de décision. Le ministre l’a résumé en rappelant que “le premier réseau de la transformation numérique de l’École” reste constitué par les compétences des femmes et des hommes qui font vivre le système éducatif.

À cette dimension humaine s’ajoute un important chantier de connectivité. Le ministère annonce le raccordement à Internet haut débit de 6 898 écoles et établissements sur l’ensemble du territoire. Plus de 2 000 écoles supplémentaires doivent également être connectées, en collaboration avec le ministère en charge du Numérique, grâce à des solutions satellitaires en orbite basse, notamment Starlink, afin de toucher les zones dans lesquelles les réseaux terrestres sont difficiles à déployer.

Le dispositif prévoit également le whitelisting des URL des plateformes éducatives, afin que le coût des données ne constitue pas un obstacle à leur utilisation. L’objectif affiché est d’éviter que la transformation numérique ne reproduise ou n’accentue les inégalités existantes.

PLANETE 3, EDUSTAT, SENKALA, TAGGATU et RAMATU

Cinq plateformes constituent le cœur de l’écosystème qui sera examiné pendant les trois jours de travaux. PLANETE 3 doit assurer la gestion administrative et pédagogique des écoles et établissements, depuis l’identification des élèves et des personnels jusqu’aux évaluations, notes, bulletins, transferts et tableaux de bord. Contrairement aux versions précédentes limitées aux cycles moyen et secondaire, cette nouvelle version intègre le primaire. Les termes de référence prévoient que les inscriptions et réinscriptions passent par PLANETE 3 dès la rentrée 2026-2027.

EDUSTAT est destiné à la collecte, au traitement et à la diffusion des statistiques éducatives et doit favoriser un pilotage reposant davantage sur les données. SENKALA constitue la bibliothèque numérique nationale de l’éducation, tandis que TAGGATU est consacrée à la formation continue et au renforcement des capacités des enseignants et personnels d’encadrement. Enfin, RAMATU est une plateforme nationale d’apprentissage en ligne proposant notamment cours, exercices interactifs et parcours alignés sur les programmes officiels.

L’ambition du ministère est précisément de ne plus considérer ces solutions comme une juxtaposition d’applications. Il s’agit de construire un écosystème intégré, interopérable, sécurisé et orienté vers les usages, capable de couvrir différentes fonctions de l’École et d’améliorer la disponibilité des données nécessaires à la décision.

“Le temps de la promesse doit devenir celui de la preuve”

C’est probablement le principal message politique de l’allocution du ministre : les infrastructures et les plateformes étant désormais disponibles ou en cours de déploiement, la priorité doit basculer vers leur appropriation.

“Le temps de la conception doit désormais céder la place au temps de l’appropriation. Le temps des projets doit rencontrer celui des usages. Le temps de la promesse doit devenir celui de la preuve”, a insisté Moustapha Mamba Guirassy.

Les participants sont donc invités non pas simplement à assister à des démonstrations techniques, mais à confronter les solutions proposées aux réalités des écoles et établissements, à identifier ce qui pourrait empêcher leur fonctionnement et à proposer les adaptations nécessaires.

Cette approche explique la diversité des quelque 80 participants annoncés : directions et services pédagogiques du ministère, Inspecteurs d’Académie, Inspecteurs de l’Éducation et de la Formation, chefs d’établissement, syndicats d’enseignants, associations de parents d’élèves, société civile, enseignants, élèves et équipes techniques.

Une rentrée 2026-2027 qui servira de premier test

La prochaine rentrée scolaire constitue la première grande échéance opérationnelle de cette stratégie. L’attention doit notamment porter sur l’extension de PLANETE 3 et la dématérialisation progressive des inscriptions et réinscriptions.

Le ministre appelle toutefois à une transition conduite “avec méthode, avec pédagogie et avec proximité”. La modernisation ne doit pas créer une nouvelle fracture entre les familles et établissements capables d’utiliser les services numériques et ceux qui rencontreraient des difficultés d’accès ou d’appropriation. L’accompagnement du changement, la formation et l’écoute des utilisateurs devront donc faire partie intégrante du déploiement.

Cette exigence rejoint le contexte général de l’atelier. Si les plateformes et une partie importante des infrastructures existent, les termes de référence reconnaissent que leur disponibilité ne garantit pas leur appropriation. Le passage à l’échelle nécessite une compréhension commune des outils, une stratégie concertée entre les niveaux central, académique, départemental et local, ainsi qu’une implication des différentes composantes de la communauté éducative.

Trois jours pour construire la stratégie de déploiement

Les travaux organisés du 13 au 15 août ont ainsi pour objectif de présenter et faire connaître les plateformes, mais surtout de recueillir les contraintes rencontrées sur le terrain et de co-construire une stratégie nationale de déploiement.

Cette stratégie devra préciser la gouvernance du dispositif, la formation et l’accompagnement des utilisateurs, la communication, le suivi-évaluation ainsi que les responsabilités respectives des niveaux central, académique, départemental et des établissements. Les participants devront également proposer des recommandations priorisées et budgétisées, accompagnées d’un calendrier précis.

La méthodologie retenue combine présentations et démonstrations des plateformes, travaux de groupes et restitutions en plénière. Cinq axes doivent structurer les groupes : gouvernance et pilotage ; formation et accompagnement ; infrastructures, connectivité et équipements ; communication, adhésion et gestion du changement ; suivi-évaluation et assurance qualité des données.

Une feuille de route août-décembre 2026


À l’issue des trois jours, le ministère attend surtout des productions directement exploitables. Le ministre a fixé trois résultats majeurs : une stratégie nationale de déploiement claire, réaliste et co-construite ; des recommandations fortes et hiérarchisées avec responsabilités, échéances et indicateurs ; et une feuille de route opérationnelle permettant d’engager immédiatement les actions prioritaires et d’en suivre l’exécution jusqu’à la fin de 2026.

Plus précisément, les termes de référence prévoient une feuille de route couvrant août à décembre 2026, comprenant notamment un plan de formation en cascade et un plan de communication. Une matrice devra, pour chaque recommandation, déterminer l’action à mener, le responsable, l’échéance, les ressources nécessaires et les indicateurs permettant d’en mesurer l’exécution.

Le troisième et dernier jour sera justement consacré à la validation de la stratégie nationale, à la priorisation des recommandations et à l’adoption de cette feuille de route. Un dispositif de suivi devra également être arrêté.

Ce suivi ne devrait pas s’arrêter à l’atelier. Les termes de référence prévoient la mise en place d’un comité réunissant notamment des représentants des directions du ministère, du SIMEN, des IA, des IEF, des chefs d’établissement, des syndicats, des parents et des élèves. Des revues périodiques par quinzaine jusqu’à la rentrée, puis trimestrielles, sont prévues, ainsi qu’une évaluation à mi-parcours de l’année scolaire 2026-2027 du déploiement effectif des plateformes dans les 6 898 écoles et établissements connectés.

Au-delà des solutions techniques, c’est donc la capacité du ministère à transformer des plateformes disponibles en services effectivement utilisés qui sera mise à l’épreuve. Une idée que Moustapha Mamba Guirassy a résumée dans son discours d’ouverture : “la transformation numérique ne sera pas jugée au nombre de plateformes créées, mais au nombre de vies scolaires qu’elles auront réellement facilitées.”

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