Sa réaction était très attendue après les révélations exclusives du Tech Observateur sur la coupure de l’Internet administratif décidée par Cabo Verde Telecom. Vingt-quatre heures après la publication de notre enquête, qui faisait état de factures impayées et d’une information stratégique passée sous silence, Samba Diouf a pris la parole. Face à une affaire lourde de conséquences, le Ministre du Numérique a choisi des mots mesurés.
Dans son commentaire publié sous notre post LinkedIn, le successeur d’Alioune Sall insiste sur la continuité du service, la transparence et la nécessité de corriger les défaillances. Avec le tact et la prudence d’un diplomate, il laisse toutefois plusieurs questions en suspens : quelle vérité reste à dire ? Quelles défaillances faut-il corriger ? Et quelles responsabilités entend-il assumer ?
D’un côté, un Directeur général qui passe sous silence les causes véritables de la coupure et se contente d’évoquer un simple « dysfonctionnement ». De l’autre, un Ministre chargé du secteur qui appelle à dire la vérité. Quatre mois après sa nomination, Samba Diouf semble vouloir inscrire sa réaction dans l’exigence de transparence portée par le « jub, jubal, jubanti ». Reste à savoir ce que cet appel changera dans le traitement de l’affaire.
« La souveraineté numérique se mesure à notre capacité à garantir le service, à dire la vérité et à corriger ce qui doit l’être », affirme-t-il. La formule prend un relief particulier à la lecture de la réponse adressée par Sénégal Numérique SA à notre rédaction. La société a confirmé une interruption de la connexion internationale de l’administration entre les 10 et 11 septembre 2026. Elle a cependant évoqué « un arrêt de service » chez l’un de ses fournisseurs et qualifié l’épisode de « dysfonctionnement », sans identifier Cabo Verde Telecom, ni mentionner les factures impayées qui, selon les informations recueillies par Le Tech Observateur, sont à l’origine de la suspension.
Monsieur Diouf demandera-t-il à Sénégal Numérique SA de livrer un récit complet des faits ? Combien de factures étaient en souffrance, depuis quand et pour quel montant ? La société avait-elle reçu des avertissements avant la suspension ? Qui en avait été informé, au sein de l’entreprise et de sa tutelle ? Il reste aussi à établir quels services administratifs ont été touchés et comment ils ont fonctionné pendant les près de vingt-quatre heures d’interruption. Sans réponses à ces questions, l’appel à « dire la vérité » demeurera un principe sans traduction publique.
« Nous assumerons nos responsabilités » : quelles suites ?
Cette promesse du Ministre sénégalais des Télécommunications et du Numérique appelle, elle aussi, des précisions. Samba Diouf demandera-t-il une enquête sur les circonstances de la coupure et sur la gestion des paiements dus à Cabo Verde Telecom ? Cherchera-t-il à déterminer à quel moment le risque de suspension a été identifié et quelles décisions ont été prises pour l’éviter ? Établir les faits permettrait de distinguer ce qui relève d’un défaut de paiement, d’une défaillance dans le suivi du contrat ou d’une faiblesse plus profonde dans l’organisation de la connectivité de l’État.
Une autre question porte sur l’infrastructure elle-même. La tutelle ordonnera-t-il un audit des moyens utilisés pour connecter l’administration ? Des experts interrogés par Le Tech Observateur estiment qu’un tel examen devrait notamment vérifier les capacités disponibles, l’état des équipements et l’existence d’une route de secours réellement indépendante. Car la coupure révèle une interrogation centrale : comment la suspension du service d’un fournisseur a-t-elle pu interrompre la connexion internationale de l’administration ?
Samba Diouf rappelle qu’« une infrastructure stratégique doit être fiable, redondante et reposer sur des engagements contractuels maîtrisés ». Une solution de secours était-elle prévue ? Si elle existait, pourquoi n’a-t-elle pas pris le relais ? Dans le cas contraire, le gouvernement compte-t-il mettre en place un accès alternatif, selon quel calendrier et avec quelles garanties de fonctionnement ? La redondance invoquée par le Ministre devra pouvoir être constatée, et pas seulement annoncée.
Quel avenir pour le contrat avec Cabo Verde Telecom ?
Reste le contrat avec Cabo Verde Telecom. L’État entend-il régler les arriérés et maintenir ce partenariat, en renégocier les conditions ou choisir un autre fournisseur ? Quelle que soit l’option retenue, le règlement du différend commercial ne suffira pas à lui seul à prévenir une nouvelle interruption. Il faudra aussi établir comment l’administration continuera à fonctionner si l’une de ses voies de connexion devient indisponible.
À ce stade, Samba Diouf a énoncé les principes auxquels il veut soumettre l’action de l’État. Les décisions restent à connaître. Après près de vingt-quatre heures de coupure, « assumer nos responsabilités » suppose désormais d’expliquer ce qui s’est passé, de rendre publiques les mesures correctives et de préciser quand la connexion de l’administration sera mieux protégée.