Editorial – Lors de la deuxième édition du Forum des prestataires de services de cybersécurité, GAINDE 2000 a présenté une plateforme de guichet unique de cybersécurité. Cette démonstration mérite l’attention. Elle offre surtout un point de départ pour une réflexion plus large sur la place à donner aux entreprises sénégalaises dans la construction de notre sécurité numérique et sur la manière d’accompagner celles qui prennent l’initiative de proposer des réponses aux besoins du pays.
Cette rencontre, dont j’ai eu l’honneur d’être le Maître de Cérémonie, a permis d’aborder le cadre normatif relatif à la fourniture de services de cybersécurité et les marchés publics liés à ces prestations. Ces discussions rejoignent une préoccupation essentielle, celle de bâtir un écosystème capable de protéger nos systèmes, tout en faisant grandir les compétences nationales.
Une excellente occasion de poser le débat
La perspective de l’opérationnalisation du nouveau cadre relatif à la protection des infrastructures d’information critiques et à la sécurité numérique constitue une excellente occasion de poser ce débat. Comment faire en sorte que cette avancée s’accompagne d’un renforcement des entreprises sénégalaises appelées à contribuer à sa mise en œuvre ? Comment mieux les préparer, les outiller et leur donner des perspectives à la hauteur des besoins du pays ?
La mise en œuvre d’une telle ambition demande des femmes et des hommes formés, des entreprises outillées et des capacités d’accompagnement disponibles dans la durée. Protéger des systèmes essentiels suppose de pouvoir identifier les risques, déployer des réponses, maintenir les dispositifs et intervenir lorsque survient un incident. C’est aussi dans les compétences que nous développons sur notre territoire que se construit cette capacité.
Il serait donc utile d’associer étroitement les entreprises nationales à cette dynamique, en écoutant leurs propositions, en appréciant leurs réalisations et en identifiant leurs besoins de renforcement. L’opérationnalisation du cadre juridique peut devenir une occasion de consolider tout un secteur professionnel au service de la sécurité du pays.
Une ouverture institutionnelle à saluer
Dans cette perspective, il faut saluer l’organisation du Forum des prestataires de services de cybersécurité par la Direction générale du Chiffre et de la Sécurité des Systèmes d’Information. En réunissant les acteurs autour des exigences du secteur et des conditions de leur participation aux marchés, cette rencontre offre un espace particulièrement utile pour poser les questions et construire des réponses communes.
Je tiens également à saluer la disponibilité et l’ouverture du Colonel Aly Mime, Directeur général du Chiffre et de la Sécurité des Systèmes d’Information de la Présidence de la République du Sénégal. Les échanges réguliers que nous entretenons sur ces enjeux sont appréciables. Cette volonté de dialogue est également portée par une équipe jeune, ouverte et proactive, attentive aux préoccupations de l’écosystème.
Cette démarche mérite d’être prolongée. Les institutions peuvent préciser leurs attentes, les entreprises présenter leurs capacités et les professionnels partager leur expérience. De ces échanges peuvent émerger des engagements concrets pour renforcer les prestataires nationaux et mieux les associer aux chantiers de sécurité numérique.
Encourager ceux qui prennent l’initiative
Dans cette réflexion, il faut accorder une attention particulière aux entreprises qui s’engagent au nom de l’intérêt national, parfois sans attendre le moindre contrat. Identifier un besoin collectif, consacrer du temps à une réponse et mobiliser des équipes avant de disposer d’une garantie commerciale constituent des démarches qu’il est utile d’encourager.
Une entreprise poursuit naturellement des objectifs économiques. Elle peut également porter la conviction que ses compétences doivent contribuer à répondre aux défis de son pays. Cette convergence entre engagement et développement économique est précieuse. Elle permet de faire émerger des propositions et de nourrir les choix publics.
La démonstration de GAINDE 2000 au forum illustre l’intérêt de rendre les solutions locales visibles. Elle invite à examiner ce qui est proposé, à en comprendre les usages et à en évaluer la pertinence. Au-delà de cette entreprise, c’est l’ensemble des acteurs sénégalais capables de contribuer à notre sécurité numérique qu’il faut encourager à présenter leurs réalisations et à faire leurs preuves.
Donner une continuité à l’engagement
Cet encouragement doit pouvoir se prolonger lorsque les projets prennent de l’ampleur. Dès lors que des programmes mobilisent des financements importants, parfois des milliards de francs CFA, les entreprises nationales doivent pouvoir se positionner sur des responsabilités à la hauteur de leurs capacités.
Les acteurs qui contribuent aux premières réflexions, proposent des solutions ou investissent dans leurs compétences méritent de trouver des perspectives dans les étapes suivantes. Lorsque leurs capacités sont démontrées, il est souhaitable que leur engagement initial puisse déboucher sur une participation effective aux projets. Cette continuité donne du sens à l’effort et encourage d’autres entreprises à prendre, elles aussi, des initiatives. Les investissements consacrés à la sécurité numérique peuvent ainsi renforcer notre tissu entrepreneurial. Un projet peut répondre à un besoin immédiat tout en permettant de former des équipes, de consolider une expertise et de créer des emplois qualifiés. Ces retombées méritent d’être considérées dans l’appréciation de la valeur durable des investissements.
Faire confiance et outiller
Faire confiance aux entreprises nationales implique de leur donner les moyens de répondre aux exigences du secteur. La cybersécurité demande de la rigueur, des compétences régulièrement actualisées, des outils adaptés et des engagements de service vérifiables. Accompagner les prestataires dans cette progression contribue directement à la qualité des réponses dont le pays pourra disposer. Cela peut passer par la formation, l’accès à des environnements d’essai, des échanges techniques avec les institutions, des projets pilotes ou des collaborations entre entreprises aux compétences complémentaires. Des besoins clairement formulés et des critères d’évaluation lisibles permettent aussi aux acteurs locaux de mieux se préparer.
La commande publique peut jouer un rôle structurant dans cette démarche. En donnant de la visibilité aux besoins et en tenant compte des capacités disponibles, elle peut favoriser la participation des entreprises nationales à des projets d’envergure. Les collaborations internationales peuvent également enrichir ces projets, avec une attention portée au transfert de compétences et à la participation effective des équipes sénégalaises.
Des rencontres pour construire des réponses durables
Le Salon international des professionnels de l’économie numérique, prévu les 17 et 18 décembre 2026, constituera une autre occasion de poursuivre cette réflexion. L’accent annoncé sur la cybersécurité et le nouveau cadre juridique permettra de prolonger les échanges sur les responsabilités, les besoins et les possibilités de contribution des acteurs nationaux. Le forum et le salon peuvent ainsi contribuer à faire avancer une même ambition. Ces rencontres doivent permettre aux acteurs de se parler, de mieux comprendre leurs contraintes respectives et de convenir de pistes durables. Elles peuvent aider à préciser les besoins de formation, les conditions de confiance et les moyens d’associer davantage les entreprises sénégalaises aux projets à venir.
Des acteurs comme GAINDE 2000 ont leur place dans cette discussion, aux côtés des autres entreprises et professionnels du secteur. Leurs propositions méritent d’être examinées, leurs compétences évaluées et leurs perspectives de contribution considérées. C’est dans ce dialogue entre institutions et prestataires que peuvent se construire des réponses adaptées aux besoins du Sénégal.
Sur le chemin de l’opérationnalisation du nouveau cadre de protection des infrastructures d’information critiques et de sécurité numérique, renforçons donc les entreprises nationales. Outillons-les, exigeons d’elles des résultats et donnons-leur la possibilité de démontrer leur valeur. Pour celles qui choisissent de s’engager au nom de l’intérêt national, cette confiance doit pouvoir ouvrir des perspectives durables. Lorsque les projets grandissent, leur place doit pouvoir grandir avec les compétences qu’elles ont démontrées. Notre ambition de souveraineté gagnera en profondeur si chaque investissement dans la sécurité numérique contribue aussi à faire grandir les entreprises et les talents sénégalais capables de la concrétiser.
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