https://letechobservateur.sn/
Ibrahima Niang, expert en transformation financière, ERP & Intelligence Artificielle : “Nous devons rester ouverts aux innovations du monde, tout en développant chez nous les technologies qui répondent à nos défis et à nos ambitions”

Ibrahima Niang, expert en transformation financière, ERP & Intelligence Artificielle : “Nous devons rester ouverts aux innovations du monde, tout en développant chez nous les technologies qui répondent à nos défis et à nos ambitions”

Pendant plus de quinze ans, Ibrahima Niang a accompagné des entreprises, des banques, des ONG et des organisations internationales dans leurs projets de transformation financière et numérique. Passé par Deloitte, EY, Grant Thornton ou encore Alithya au Canada, il a également enrichi son parcours par un programme de formation exécutive à Stanford University. Aujourd’hui, il met cette expertise au service de l’Afrique à travers Xamlia, une plateforme qui combine ERP et intelligence artificielle pour aider les entreprises à mieux piloter leurs activités.

Dans cet entretien accordé avec Le Tech Observateur, il revient sur son parcours, partage sa vision de l’intelligence artificielle et explique pourquoi l’Afrique doit construire ses propres solutions technologiques plutôt que se contenter d’importer celles des autres.

Le Tech Observateur : Vous avez construit une carrière entre le Sénégal, le Canada et plusieurs grandes organisations internationales. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre parcours ?

Ibrahima Niang : Je suis né et j’ai grandi au Sénégal dans une famille où le travail, l’éducation et l’intégrité occupaient une place centrale. Très tôt, j’ai compris que le savoir était probablement le seul patrimoine que personne ne pouvait nous enlever. Cette conviction a profondément influencé mon parcours.

J’ai toujours été attiré par les chiffres, mais surtout par leur capacité à raconter l’histoire d’une organisation. Derrière un bilan financier ou un tableau de bord se cachent des décisions, des emplois, des investissements et parfois même le destin d’une entreprise. Cette curiosité m’a naturellement conduit vers la finance, puis vers les technologies capables d’améliorer durablement la performance des organisations.

Avec le recul, je réalise que ma carrière n’a jamais été motivée par la seule réussite personnelle. Ce qui m’a toujours animé, c’est une question simple : comment permettre aux entreprises africaines d’être plus performantes, plus compétitives et capables de rivaliser avec les meilleurs standards internationaux ?

Le Tech Observateur : Quelles expériences ont le plus façonné votre vision du monde de l’entreprise ?

Ibrahima Niang : Chaque étape de mon parcours m’a apporté une leçon différente. Les grands cabinets internationaux comme Deloitte, EY ou Grant Thornton m’ont appris la rigueur, l’excellence opérationnelle et l’importance de prendre des décisions fondées sur des données fiables. Mon passage dans des organisations internationales m’a quant à lui rappelé qu’au-delà des indicateurs financiers, chaque décision produit un impact humain concret.

Mais l’expérience la plus marquante reste sans doute le fait d’avoir travaillé dans plusieurs environnements économiques, entre le Sénégal, le Canada et le Moyen-Orient. J’y ai constaté que le talent africain n’a absolument rien à envier au reste du monde. Ce qui fait souvent défaut, ce ne sont pas les compétences, mais l’accès aux outils, aux méthodes et aux technologies qui permettent à ce talent de s’exprimer pleinement. Cette conviction est d’ailleurs à l’origine de Xamlia.

Le Tech Observateur : Vous évoquez souvent votre premier cybercafé. Pourquoi cette expérience demeure-t-elle importante dans votre parcours ?

Ibrahima Niang : Parce qu’elle m’a fait comprendre très tôt que la technologie est avant tout un formidable outil d’inclusion. À une époque où Internet était encore peu accessible, ouvrir un cybercafé revenait à offrir bien plus qu’un simple service commercial. C’était permettre à des étudiants d’accéder au savoir, à des familles de communiquer avec leurs proches installés à l’étranger ou encore à de jeunes entrepreneurs de découvrir de nouvelles opportunités.

J’y ai compris que les technologies ne transforment pas seulement les entreprises ; elles changent aussi la trajectoire des individus. Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, nous vivons une révolution comparable, mais d’une ampleur bien supérieure.

Le Tech Observateur : Votre parcours vous a conduit de la finance vers les ERP, puis vers l’intelligence artificielle. Comment cette évolution s’est-elle imposée ?

Ibrahima Niang : Elle s’est faite naturellement. La finance m’a appris à comprendre les mécanismes économiques d’une entreprise. Les ERP m’ont ensuite permis de comprendre la manière dont les différents processus — achats, ventes, comptabilité, logistique ou ressources humaines — fonctionnent ensemble.

L’intelligence artificielle représente selon moi l’étape suivante. Nous ne parlons plus seulement d’automatiser des tâches, mais d’aider les dirigeants à mieux décider grâce à l’analyse intelligente des données. Au fil de mes missions, je me suis rendu compte que beaucoup d’entreprises perdaient énormément de temps et d’argent non pas faute de compétences, mais parce qu’elles travaillaient avec des systèmes obsolètes. À un moment donné, je me suis dit qu’il fallait aller au-delà du diagnostic et construire des solutions concrètes. C’est ainsi que s’est progressivement imposée l’idée de Xamlia.

Le Tech Observateur : Comment est née Xamlia ?

Ibrahima Niang : Pendant plus de quinze ans, j’ai accompagné des entreprises de toutes tailles. Quel que soit leur secteur d’activité, je retrouvais presque toujours le même problème : les dirigeants passaient beaucoup trop de temps à rechercher des informations dispersées au lieu de prendre des décisions. Je me suis alors posé une question très simple : pourquoi une PME africaine ne pourrait-elle pas bénéficier du même niveau d’information et d’analyse qu’une grande multinationale ?

C’est cette réflexion qui a donné naissance à Xamlia. Notre ambition est de mettre l’intelligence artificielle au service des dirigeants afin qu’ils disposent, en temps réel, d’une vision claire de leur activité et puissent prendre de meilleures décisions.

Le Tech Observateur : Qu’est-ce qui distingue Xamlia des solutions de gestion traditionnelles ?

Ibrahima Niang : Nous ne voulions pas créer un ERP de plus. Les logiciels classiques enregistrent essentiellement le passé. Ils produisent des données que les dirigeants doivent ensuite interpréter eux-mêmes.

Avec Xamlia, nous allons beaucoup plus loin. Notre plateforme automatise la gestion comptable, financière, commerciale et logistique, mais elle est surtout capable d’analyser les données, d’identifier les risques, de proposer des recommandations et d’accompagner les dirigeants dans leurs décisions. Nous voulons transformer les données en intelligence opérationnelle.

Le Tech Observateur : Pourquoi était-il important de concevoir une solution spécifiquement pensée pour l’Afrique ?

Ibrahima Niang :Parce que nos réalités sont différentes. Les entreprises africaines évoluent dans des contextes réglementaires, fiscaux, linguistiques et économiques qui leur sont propres. Il ne suffit donc pas de traduire des logiciels conçus ailleurs. Notre ambition est de développer des outils adaptés aux réalités du continent, capables de répondre aux besoins concrets des entrepreneurs africains tout en respectant les standards internationaux.

Le Tech Observateur : Vous affirmez souvent que l’intelligence artificielle représente une opportunité historique pour l’Afrique. Pourquoi ?

Ibrahima Niang : Parce que nous assistons probablement à la plus grande révolution économique depuis Internet. L’intelligence artificielle offre à l’Afrique une occasion unique de réduire certains écarts technologiques sans devoir reproduire toutes les étapes qu’ont connues les pays développés.

Mais cette opportunité ne profitera pas automatiquement au continent. Les gagnants seront ceux qui choisiront dès aujourd’hui d’investir dans les compétences, dans la recherche et dans l’innovation. L’IA n’est pas une fin en soi. C’est un outil. Toute la question est de savoir comment nous l’utiliserons pour résoudre les problèmes concrets de nos entreprises, de nos administrations et de nos populations.

Le Tech Observateur : Les PME africaines sont-elles réellement prêtes à entrer dans cette nouvelle ère ?

Ibrahima Niang : Je pense qu’elles sont prêtes à évoluer, mais beaucoup hésitent encore parce qu’elles imaginent que l’intelligence artificielle est une technologie complexe, coûteuse ou réservée aux grandes entreprises. C’est précisément cette idée que nous voulons déconstruire. L’IA doit rester un moyen au service de la performance. Si elle permet à une PME de gagner du temps, d’améliorer sa trésorerie, de mieux anticiper ses besoins ou de prendre de meilleures décisions, alors elle devient immédiatement pertinente.

Le Tech Observateur : Vous insistez également sur la souveraineté numérique. Que signifie-t-elle concrètement pour l’Afrique ?

Ibrahima Niang : La souveraineté numérique ne consiste pas à se fermer au reste du monde. Elle consiste à être capable de créer nos propres technologies, de former nos talents, de protéger nos données et de développer des plateformes capables de répondre aux besoins de nos économies. Nous devons être des producteurs d’innovation et non uniquement des consommateurs de solutions développées ailleurs.

Le Tech Observateur : Pourquoi avoir choisi de revenir investir au Sénégal ?

Ibrahima Niang : Parce qu’à un moment donné, chacun doit se demander quel héritage il souhaite laisser. Après plusieurs années passées à travailler à l’international, j’ai estimé que le moment était venu de mettre cette expérience au service du Sénégal et de l’Afrique. Je ne suis pas revenu avec un discours ou des promesses. Je suis revenu avec une conviction : nous avons aujourd’hui les compétences nécessaires pour bâtir des entreprises technologiques capables de rayonner bien au-delà de nos frontières.

Le Tech Observateur : Quelle est votre vision pour Xamlia dans les prochaines années ?

Ibrahima Niang :Notre ambition est claire : faire de Xamlia une référence africaine de l’intelligence artificielle appliquée à la gestion des entreprises. Nous voulons accompagner des centaines de milliers d’organisations sur le continent, en leur donnant les outils nécessaires pour piloter leur activité avec davantage de sérénité, d’efficacité et de performance. Mais au-delà de la croissance de l’entreprise, notre véritable ambition est de démontrer qu’une technologie conçue en Afrique peut devenir une référence mondiale.

Le Tech Observateur : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes entrepreneurs africains ?

Ibrahima Niang : Je leur dirais de ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies avant de se lancer. L’entrepreneuriat est un apprentissage permanent. On progresse en avançant, en expérimentant, parfois en se trompant, puis en recommençant avec davantage d’expérience. Je les encourage également à rester curieux, à investir dans leur formation et à s’ouvrir au monde. Les meilleures idées naissent souvent de la rencontre entre différentes cultures, différentes expériences et différentes façons de penser.

Je suis profondément convaincu que la prochaine génération de grandes entreprises technologiques africaines est déjà en train d’émerger. Si Xamlia peut contribuer, même modestement, à ouvrir cette voie et à inspirer d’autres entrepreneurs, alors nous aurons atteint une part essentielle de notre mission.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
LETECHOBSERVATEUR Fond Blanc 445x180 Blanc

Toute l’actualité IT en direct de Dakar 

CONTACT
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x