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Futur DG de l’ARTP : pourquoi autant de silence sur le processus ?

Futur DG de l’ARTP : pourquoi autant de silence sur le processus ?

L’initiative est pourtant prometteuse. En décidant de recourir à un appel à candidatures pour choisir le prochain Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), la Présidence de la République semble vouloir introduire une nouvelle culture dans la désignation des dirigeants des grandes institutions publiques, celle de la compétition, du mérite et de la transparence. L’appel a été publié, les missions du futur Directeur général précisées, les qualifications et compétences attendues détaillées et les candidats intéressés invités à déposer leurs dossiers. Jusque-là, la démarche pouvait être saluée. Mais depuis la clôture des candidatures, le processus semble être entré dans une zone de silence qui soulève de nombreuses interrogations.

Combien de personnes ont candidaté ? Combien de dossiers ont été reçus et déclarés recevables ? Quelle structure est chargée de les examiner ? Existe-t-il un jury, un comité de sélection ou un cabinet de recrutement ? Quelle grille d’évaluation est utilisée ? Quelle méthodologie a été retenue ? Des candidats ont-ils déjà été auditionnés ? À ce stade, aucune communication officielle dont nous avons connaissance ne permet de répondre clairement à ces questions. Nous n’avons pas davantage connaissance de candidats ayant publiquement indiqué avoir reçu une notification précisant la suite réservée à leur dossier. Cela ne signifie évidemment pas qu’aucune convocation ou notification n’a été envoyée, mais cela montre à quel point le processus est difficile à suivre de l’extérieur.

Après l’appel, le silence

C’est précisément là que se situe aujourd’hui le principal sujet d’interpellation. Un appel à candidatures peut-il se limiter à la publication d’une annonce, suivie d’une longue période sans information publique, avant l’annonce du choix final ? La transparence ne devrait-elle pas également concerner les principales étapes de la procédure ? Sans dévoiler l’identité des candidats ni communiquer des informations confidentielles, n’est-il pas possible d’indiquer simplement où en est le processus ?

Il ne s’agit évidemment pas de demander la publication des CV, des noms des postulants ou des résultats individuels des évaluations. La confidentialité des candidatures doit être respectée. Mais confidentialité et information publique ne sont pas incompatibles. Le nombre de dossiers reçus et jugés recevables, l’état d’avancement de leur examen, l’existence éventuelle d’une phase d’audition ou encore un calendrier indicatif pourraient être communiqués sans porter atteinte à la confidentialité des postulants.

Rien ne permet, en l’état des informations publiques disponibles, d’affirmer que la procédure ne suit pas normalement son cours. Mais faute d’éléments officiels sur son avancement, il est difficile d’en apprécier le déroulement. Une communication institutionnelle, même succincte, suffirait à lever une bonne partie des interrogations.

La transparence ne s’arrête pas à l’appel

L’enjeu dépasse la seule identité du prochain Directeur général. Dès lors que les pouvoirs publics choisissent de recourir à un appel à candidatures pour pourvoir une fonction aussi importante, ils créent nécessairement une attente. Publier un appel, définir des critères et inviter des candidats à concourir constituent une première étape. Encore faut-il que la suite du processus permette de comprendre comment la sélection est conduite.

Cette exigence prend une dimension particulière dans le cas de l’ARTP. Il serait pour le moins paradoxal que la désignation du dirigeant d’une autorité dont les missions reposent notamment sur le respect des règles et l’équité soit entourée d’autant d’interrogations. L’exemplarité attendue d’un régulateur ne devrait-elle pas également se retrouver dans les conditions de sélection de celui ou celle qui sera appelé à le diriger ?

La question n’est donc pas de savoir qui doit être choisi, encore moins de contester par avance la décision qui sera prise. Elle est de savoir si la procédure annoncée au public demeure fidèle, jusqu’à son terme, aux principes qui lui donnaient tout son intérêt : la compétition, le mérite, l’égalité de traitement et la transparence.

Et puis, cette sortie de l’Amicale des Cadres

Dans ce contexte, la récente sortie de l’Amicale des Cadres de l’ARTP ne peut manquer d’interroger. Dans un communiqué daté du 17 août 2026, l’organisation salue le recours à l’appel à candidatures, qu’elle considère comme une avancée en matière de transparence, d’égalité des chances et de promotion du mérite, tout en demandant aux autorités d’accorder “une attention particulière aux candidatures internes“. Une position qui peut paraître contradictoire avec l’esprit même d’un appel ouvert à candidatures. Si des critères de compétence, d’expérience, d’intégrité, d’indépendance et d’aptitudes managériales ont été définis, ne devraient-ils pas permettre de départager tous les postulants sur une même base, qu’ils soient issus de l’ARTP ou de l’extérieur ? L’expertise interne peut naturellement constituer un atout, mais c’est précisément à la procédure de sélection d’en apprécier la valeur au même titre que les qualités présentées par les autres candidats.

Cette prise de position est d’autant plus surprenante qu’elle émane de cadres de l’institution chargée de veiller, dans le secteur des communications électroniques et des postes, au respect des textes et des normes, à l’équité, à la transparence et au bon fonctionnement de la concurrence. Sans remettre en cause le droit de l’Amicale à défendre l’expertise développée au sein de l’ARTP, demander une “attention particulière” pour une catégorie de candidats en pleine procédure ne risque-t-il pas de brouiller le principe d’égalité qui devrait justement caractériser un appel à candidatures ?

Au fond, qu’il soit issu de l’ARTP ou qu’il vienne de l’extérieur importe moins que la manière dont le prochain Directeur général sera choisi. Ce qui compte, c’est que tous les candidats soient soumis aux mêmes règles et que le choix final puisse apparaître comme l’aboutissement d’une compétition fondée sur les critères annoncés. Pour une procédure placée sous le signe du mérite et de la transparence, il serait dommage que le silence et les appels à une attention particulière accordée à certains candidats finissent par brouiller la promesse initiale.

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