Par El Hadji THIAM, Professeur de français dans les grandes écoles, fondateur du Magazine numérique School +
L’avènement de l’IA à l’école semble poser plus de préjudices qu’il n’en a créé de solutions, si l’on se soumet aux dernières hypothèses factuelles formulées par les enseignants. Dans certains cas, les enseignants déplorent en effet l’absence de protocoles concernant l’utilisation des outils de l’IA dans les établissements privés ou publics, voire même de concertations rigoureuses autour de cette problématique.
En tant qu’enseignant, je soutiens en partie cette hypothèse réactionnaire de certains de mes collègues, même si je ne partage pas dans son esprit l’idée de voir l’IA comme une énigme à résoudre. Je fais partie de ceux qui croient fortement que les responsables scolaires devraient éviter de considérer les restrictions sur les appareils comme une solution complète ; le problème plus important est la façon dont la technologie met en lumière des hypothèses obsolètes concernant l’enseignement, l’apprentissage et la conception des écoles. Dans mon école, les matériels numériques sont autorisés en classe, en ce qui concerne les élèves bilingues par exemple. Mais les questions relatives à l’utilisation de l’IA sont presque méconnues.
Face au surmenage et aux nombreuses tâches administratives, des études récentes révèlent que les enseignants spécialisés, par exemple, se tournent vers l’IA pour obtenir de l’aide. Un nombre croissant d’éducateurs spécialisés utilisent l’IA pour créer des plans éducatifs personnalisés. Malgré les risques, certaines recherches montrent qu’il pourrait améliorer la qualité du travail des enseignants. Certains éducateurs affirment même qu’une partie de ce qui les fait se sentir surchargés vient de la paperasse légalement requise en plus des tâches pédagogiques habituelles. Cette réalité caractérise en vérité mon quotidien d’enseignant dans la mesure où je fais face à des nombreuses tâches administratives en plus des évaluations courantes pour tester le niveau des élèves que j’encadre. Ce qui se fait parfois à un rythme insoutenable. Et heureusement, l’IA demeure une solution à mon échelle.
Selon une enquête récente du Center for Democracy and Technology (CDT), un organisme non partisan, 57 % des enseignants en éducation spécialisée interrogés aux Etats-Unis ont déclaré avoir utilisé l’IA pour aider à élaborer des plans individualisés pour leurs élèves pour l’année scolaire 2024-25. C’est une hausse par rapport à 39 % l’année scolaire précédente. Le constat est que les enseignants en éducation utilisent de plus en plus l’IA pour aider à rédiger les objectifs d’apprentissage, suivre les progrès des élèves, synthétiser des données et créer des supports d’apprentissage différenciés, entre autres choses. Certains créent des chatbots personnalisés en les formant aux normes de leurs Etats respectifs, aux évaluations et aux données actuelles, pourvu que ces outils soient tout de même validés par l’autorité compétente ou le district pour faire face aux risques. Contrairement aux Etats-Unis, au Sénégal les éducateurs à travers le pays utilisent informellement des plateformes gratuites pour consommateurs comme ChatGPT et Claude pour faire leur travail, pendant que d’autres utilisent aux Etattts-unis des outils approuvés par les districts comme MagicSchool AI, Google Gemini et Playground IEP, entre autres.
L’utilisation de l’IA suppose par ailleurs une certaine vigilance de la part de l’enseignant. Cela implique à mon sens la responsabilité individuelle et le jugement critique. La production de l’IA doit toujours être considérée comme un premier brouillon nécessitant une évaluation humaine rigoureuse, par-delà la maitrise des prompts. S’il s’agit d’un parcours d’apprentissage accordé à un élève spécifiquement, pensons à appliquer une liste de contrôle d’individualisation avant de finaliser la définition des objectifs. D’autres principes doivent également guider cette nouvelle approche consistant à faire un bon usage des outils de l’IA à l’école, sans oublier l’implication effective des parents.
Et comme l’affirment les chercheurs Olivia Fudge Coleman et Daniel Waterfield, « les outils GenAI sont là pour rester, et lorsqu’ils sont utilisés de manière responsable, ils peuvent aider à alléger les charges bien réelles auxquelles font face les éducateurs. Cependant, ces outils ne remplaceront jamais l’expertise humaine, le jugement professionnel et l’engagement envers les élèves individuels qui sont au cœur de l’éducation. »