J’aurais tellement aimé que l’annonce de la disparition d’Edgar Morin ne soit qu’une rumeur. Lui qui a consacré une partie de son œuvre à comprendre comment naissent, circulent et s’imposent les rumeurs aurait sans doute apprécié l’ironie. Mais cette fois-ci, la nouvelle est bien réelle. Avec lui, disparaît, après 104 ans sur Terre, l’un des plus grands penseurs de notre temps, un homme qui aura consacré près d’un siècle à la connaissance, au savoir et à la compréhension du monde.
J’ai découvert Edgar Morin sur les bancs de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, à travers mes recherches en Sociologie sur « La Rumeur d’Orléans ». Mais c’est en 2008 que je l’écoute véritablement pour la première fois dans l’émission Idées, animée par Benoît Ruelle, sur RFI. Cette rencontre intellectuelle à distance me le fait découvrir en profondeur. Depuis, ou presque, plus rien de ce qu’il publiait ou disait ne m’échappait. Sa rigueur intellectuelle, son refus des simplifications et sa capacité à relier les savoirs m’ont profondément marqué.
Sa « pensée de la complexité » demeure pour moi l’un de ses plus précieux héritages : comprendre qu’aucun phénomène humain ne peut être expliqué par une seule discipline, et que le réel exige de relier plutôt que de fragmenter. Je n’aurai finalement jamais l’occasion de rencontrer cet immense intellectuel, mais ses livres et ses idées auront suffi à nourrir mon admiration, mon respect et mon affection pour cet homme d’exception.
Merci Edgar Morin.