https://letechobservateur.sn/
Aissatou Kassé, Directrice de la Cellule de l’Administration Générale à GAINDE 2000 :”La Rentrée Numérique vise à briser les silos qui freinent traditionnellement notre écosystème”

Aissatou Kassé, Directrice de la Cellule de l’Administration Générale à GAINDE 2000 :”La Rentrée Numérique vise à briser les silos qui freinent traditionnellement notre écosystème”

À deux mois de la 5ᵉ édition de la Rentrée Numérique, GAINDE 2000 intensifie les préparatifs de ce rendez-vous devenu, depuis son lancement en 2021, un événement incontournable de l’écosystème numérique sénégalais et africain. Chaque année, cette initiative réunit décideurs publics, chefs d’entreprise, startups, chercheurs, experts, investisseurs et partenaires autour des grands enjeux de la transformation numérique du continent.

Dans une interview exclusive accordée au “Tech Observateur”, Aïssatou Kassé, Responsable coordinatrice de l’événementiel, revient sur les ambitions de cette nouvelle édition, l’évolution de la Rentrée Numérique depuis sa création, les acquis enregistrés au fil des années ainsi que les défis qui attendent l’Afrique en matière de souveraineté numérique. Au fil de cet entretien, la Chef de la Cellule Administration générale à GAINDE 2000 explique comment cette initiative est progressivement devenue un véritable laboratoire d’idées, un espace de concertation stratégique et un catalyseur de collaborations au service de la transformation numérique du Sénégal et du continent africain.

Le Tech Observateur : Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la Rentrée Numérique et quelle place elle occupe aujourd’hui dans l’agenda du numérique au Sénégal ?

Aïssatou Kassé : La Rentrée Numérique est devenue, au fil des années, un rendez-vous stratégique incontournable de l’écosystème numérique sénégalais. Elle constitue un catalyseur qui fédère les principaux acteurs du secteur institutions publiques, entreprises privées, startups, partenaires techniques et financiers, monde académique autour d’une vision commune du développement numérique.

Au-delà de son lancement officiel, elle marque un temps fort de réflexion, de concertation et d’orientation stratégique. C’est l’occasion d’évaluer les progrès réalisés, de partager les bonnes pratiques, d’identifier les défis à relever et d’aligner les feuilles de route des différents acteurs sur les priorités nationales.

En somme, la Rentrée Numérique constitue le point de départ d’une dynamique collective où la vision se traduit en actions concrètes au service de la transformation numérique du Sénégal.

Le Tech Observateur : Après plusieurs éditions, quel regard portez-vous sur l’évolution de cet événement devenu un rendez-vous incontournable de l’écosystème ?

Aïssatou Kassé : En regardant le chemin parcouru, le constat est frappant, nous avons glissé d’une simple vitrine technologique vers un véritable laboratoire de réflexion structurelle. Au départ, l’événement servait à montrer ce qui se faisait, aujourd’hui, il sert à questionner comment nous le faisons.

En tant qu’observatrice de cette transformation, je vois des débats beaucoup plus pointus sur les enjeux de transformation digitale, de gouvernance, de confiance et de souveraineté numérique. Pour une entreprise comme GAINDE 2000, qui porte des projets de transformation lourds, ce changement est crucial. La Rentrée Numérique n’est plus seulement un salon, c’est devenu l’espace où la confiance se construit entre les acteurs, ce qui est le socle indispensable pour passer, demain, à une transformation digitale à l’échelle du continent.

Le Tech Observateur : Selon vous, quelle est la principale contribution de la Rentrée Numérique au développement de l’économie numérique sénégalaise ?

Aïssatou Kassé : Si je devais résumer sa contribution, je dirais que la Rentrée Numérique (RN) s’impose de plus en plus comme le “liant” de notre écosystème. En tant que Responsable coordinatrice de l’événementiel chez GAINDE 2000, j’ai  participé à la mise en place du GAINDE Startup Challenge, des Mardis du Numérique, ainsi que des différents forums et conférences internationaux organisés depuis plusieurs années. Aujourd’hui Je constate concrètement comment la RN transforme la concertation en une véritable dynamique collective. Son apport est double : d’abord, elle offre une plateforme pédagogique majeure permettant à chaque acteur de l’écosystème de vulgariser ses projets, son savoir-faire et son expérience auprès du public et des partenaires ; ensuite, elle décloisonne les secteurs en réunissant, autour d’une même table, l’administration, les entreprises et les citoyens.

Le Tech Observateur : Au fil des années, quels types d’acteurs ont le plus bénéficié de cette plateforme d’échanges et de réflexion : startups, administrations, grandes entreprises, chercheurs, investisseurs ou étudiants ?

Aïssatou Kassé : Cette plateforme bénéficie à tous, mais elle est, selon moi, particulièrement structurante pour les startups et les jeunes entreprises en pleine croissance. GAINDE 2000 veille à ce que ces acteurs y trouvent la visibilité et la légitimité qu’ils peinent parfois à obtenir seuls ; ils peuvent ainsi bénéficier de l’expertise des plus anciens, tout en apportant leur propre touche d’innovation. L’objectif est qu’à l’issue des rencontres, des alliances se forment entre ces startups et des acteurs locaux reconnus pour leurs domaines de compétence, afin de booster durablement l’économie nationale. Pour nous, organisateurs, l’enjeu est de créer un pont entre l’agilité des startups et la solidité des secteurs public et privé ainsi que des experts. C’est dans ce mélange de cultures que l’innovation devient réellement opérationnelle et capable de changer d’échelle.

Le Tech Observateur : Comment la Rentrée Numérique contribue-t-elle à rapprocher les différents acteurs de l’écosystème autour d’une vision commune du numérique ?

Aïssatou Kassé : La Rentrée Numérique vise à briser les silos qui freinent traditionnellement notre écosystème. L’Objectif est de concevoir des thématiques et des panels où le langage administratif rencontre celui de l’innovation technologique pour créer un terrain d’entente.

Nous menons un travail préparatoire intense avec les parties prenantes pour partager nos objectifs bien avant l’événement. Lors de la structuration des panels, on veille à ce que chaque session soit représentative de la diversité de l’écosystème, en faisant siéger ensemble décideurs publics, privés, experts et startup. En orchestrant ces échanges, nous transformons une vision commune en une feuille de route partagée.

Le Tech Observateur : Peut-on dire que la Rentrée Numérique a participé à faire émerger de nouveaux projets, partenariats ou initiatives dans le secteur ?

Aïssatou Kassé : Je pense que l’on peut effectivement observer une telle dynamique. La Rentrée Numérique tend à favoriser un décloisonnement qui, nous l’espérons, facilite la création de synergies entre les acteurs. On a le sentiment que ces moments d’échange, notamment lors des sessions de travail et des panels que nous préparons, offrent un cadre propice où le secteur public et les acteurs de l’innovation peuvent mieux se rencontrer. Si nous ne sommes évidemment pas les seuls à l’origine de ces avancées, nous sommes ravis de constater que cet espace semble contribuer, à son échelle, à l’émergence de nouveaux partenariats et d’initiatives collaboratives dans le secteur.

Le Tech Observateur : Quels sont les acquis les plus visibles que vous attribuez aujourd’hui à cette dynamique de concertation et de réflexion portée par GAINDE 2000 ?

Aïssatou Kassé : L’acquis le plus précieux réside sans doute dans la montée en puissance constante de notre communauté. Au fil des éditions, nous avons observé une croissance régulière du nombre de participants, non seulement au niveau national, mais aussi international, ce qui témoigne de l’intérêt grandissant pour nos travaux.

Cette fréquentation accrue a enrichi la qualité et la profondeur de nos débats, faisant de la Rentrée Numérique un véritable carrefour d’expertises. Au-delà des chiffres, c’est ce climat de confiance durable qui s’est instauré entre l’administration, les entreprises et les experts qui est marquant. Nous avons réussi à faire converger des cultures très différentes autour d’une vision commune, transformant chaque édition en un espace de concertation méthodique.

Le Tech Observateur : Dans un contexte de transformation numérique accélérée, pourquoi est-il important de disposer d’espaces de débat stratégique comme la Rentrée Numérique ?

Aïssatou Kassé : Face à l’accélération technologique mondiale, portée notamment par l’essor de l’intelligence artificielle, le risque pour nos pays serait peut-être de subir le progrès plutôt que de le piloter. Dans ce contexte de New Deal technologique, des espaces comme la Rentrée Numérique nous semblent modestement indispensables pour amorcer une gouvernance collective de l’innovation. Ils nous offrent une respiration nécessaire, nous permettant de sortir un instant de l’urgence opérationnelle pour réfléchir, avec prudence et pragmatisme, aux règles du jeu de demain.

L’objectif n’est pas de tout contrôler, mais de mieux anticiper les risques pour définir des cadres adaptés à nos réalités. Sans cet effort de concertation stratégique, nous pourrions nous limiter à la simple consommation de solutions conçues ailleurs ; or, notre ambition, portée par GAINDE 2000 et l’ensemble des acteurs, est de contribuer, à notre humble niveau, à l’édification d’une souveraineté numérique africaine pensée et maîtrisée.

Le Tech Observateur : Cette année, le thème retenu est : « Le numérique au cœur des dynamiques géostratégiques : le défi africain ». Pourquoi ce thème vous paraît-il particulièrement pertinent ?

Aïssatou Kassé : Ce thème s’est imposé par nécessité. Nous observons que le numérique est devenu un enjeu de puissance mondiale où la compétition pour le contrôle des données et de l’intelligence artificielle redéfinit les rapports de force. Pour l’Afrique, le risque est de rester un simple spectateur de ces rivalités.

En choisissant ce sujet, nous souhaitons simplement offrir un espace de réflexion pour que nos États puissent mieux mutualiser leurs intelligences et leurs moyens. L’objectif est, avec pragmatisme, de passer d’une posture de consommation à une perspective stratégique, afin de protéger nos économies et de nous projeter, progressivement, en position de force dans la géostratégie mondiale.

Le Tech Observateur : En quoi les enjeux numériques sont-ils devenus aujourd’hui des enjeux de souveraineté, de compétitivité et de positionnement géostratégique pour les États africains ?

Aïssatou Kassé : Ces enjeux sont devenus centraux car ils conditionnent désormais notre capacité à agir librement. Sur le plan de la souveraineté, maîtriser nos infrastructures et nos données nous permet de garantir la continuité de nos services et de protéger nos citoyens face aux cybermenaces. En matière de compétitivité, l’intégration de technologies comme l’intelligence artificielle est ce qui permet aujourd’hui à nos entreprises de gagner en efficacité et de s’insérer durablement dans les chaînes de valeur mondiales.

Enfin, c’est une question de positionnement géostratégique : nous vivons dans un monde où la puissance se mesure à la capacité de traiter l’information et de sécuriser les flux numériques.

Pour nos États, il s’agit, avec pragmatisme, de passer d’une dépendance aux solutions extérieures à une maîtrise partagée de nos outils. En mutualisant nos forces, nous cherchons à nous projeter non plus comme de simples utilisateurs, mais comme des acteurs capables d’influencer les standards de demain.

Le Tech Observateur : Quels défis majeurs l’Afrique doit-elle relever pour mieux tirer parti des opportunités offertes par le numérique dans le contexte mondial actuel ?

Aïssatou Kassé : Le premier défi est celui de l’harmonisation de notre gouvernance à l’échelle continentale pour créer un marché numérique unique, fluide et sécurisé. Le second défi réside dans le financement, l’allègement fiscal et l’accompagnement à l’échelle de nos startups locales pour leur permettre de rivaliser avec les géants mondiaux. Enfin, il y a un enjeu crucial de capital humain : nous devons mobiliser nos experts africains et former massivement notre jeunesse pour répondre aux défis techniques de demain, tout en veillant à la rétention de nos talents.

Le Tech Observateur : Comment la Rentrée Numérique peut-elle contribuer à nourrir les réflexions et les réponses face à ces nouveaux défis ?

Aïssatou Kassé : Pour cette 5e édition, qui s’ouvre comme une Édition spéciale Afrique, la Rentrée Numérique s’élargit pour devenir un carrefour panafricain de haut niveau. En orchestrant ces échanges à une échelle continentale, notre rôle en tant qu’acteur de l’écosystème est de faire converger les meilleures expertises.

Le Tech Observateur : Quel rôle GAINDE 2000 joue-t-elle, à travers cette initiative, dans l’animation du débat public sur les enjeux du numérique ?

Aïssatou Kassé : GAINDE 2000 à travers le leadership de M. Ibrahima Nour Eddine DAIGNE assume ici pleinement sa responsabilité de pionnier et de leader de l’écosystème tech. Notre mission ne s’arrête pas au déploiement de solutions technologiques performantes, elle englobe aussi le devoir d’éclairer la société et d’orienter les décideurs vers les meilleures pratiques « we transform, you perform ».

Le Tech Observateur : La Rentrée Numérique est souvent présentée comme un laboratoire d’idées. Comment les recommandations issues des différentes éditions peuvent-elles influencer les politiques publiques et les stratégies des organisations ?

Aïssatou Kassé : Nous aimons penser la Rentrée Numérique comme un espace de co-conception, où décideurs publics, leaders du privé et innovateurs cherchent ensemble des réponses concrètes. L’influence de l’événement tient, selon nous, au fait que nous essayons de transformer cette vision partagée en feuilles de route opérationnelles.

Les recommandations formulées sont le fruit d’un travail collectif pragmatique plutôt que de simples intentions. Ces propositions sont ensuite synthétisées et partagées avec les acteurs et les autorités dans un rapport global qui, nous l’espérons, pourra éclairer modestement les politiques publiques tout en servant de boussole interne pour guider nos propres stratégies d’innovation au sein de structures comme GAINDE 2000.

Le Tech Observateur : Quel regard portez-vous sur la maturité actuelle de l’écosystème numérique sénégalais comparée à celle des premières éditions de la Rentrée Numérique ?

Aïssatou Kassé : Là où nos premières éditions nous servaient surtout à trouver nos repères, nous observons aujourd’hui une maturité opérationnelle plus affirmée. Le niveau d’exigence, en matière de gouvernance, de souveraineté et de confiance numérique, est devenu un standard partagé par l’ensemble de l’écosystème.

Cette évolution s’inscrit naturellement dans le sillage de la Vision Sénégal 2030 et du New Deal technologique.

La mise en place du Conseil National du Numérique (CNN) apparaît comme une étape structurante : elle témoigne d’une volonté de coordination plus fine, où chaque acteur, public comme privé, semble mieux appréhender le cap à suivre

Le Tech Observateur : Quels sont aujourd’hui les principaux signaux qui montrent que le Sénégal progresse dans sa transformation numérique ?

Aïssatou Kassé : Le signal le plus probant est sans doute le décloisonnement effectif entre les acteurs de l’écosystème. La mise en place du Conseil National du Numérique (CNN) est à ce titre une étape structurante : elle témoigne d’une volonté de coordination plus fine, où chaque acteur, public comme privé, peut mieux appréhender le cap à suivre.

Enfin, le fait que nos débats nationaux portent aujourd’hui sur des enjeux complexes comme la souveraineté des données, la cybersécurité et l’interopérabilité montre que nous avons dépassé le simple stade de l’adoption pour entrer, avec prudence mais détermination, dans celui de la maîtrise stratégique.

Le Tech Observateur : Quels défis restent encore à relever pour permettre à l’ensemble des acteurs de profiter pleinement des opportunités offertes par le numérique ?

Aïssatou Kassé : Il reste le défi majeur de l’inclusion, pour s’assurer que la transformation digitale bénéficie à tous les secteurs de l’économie, y compris le secteur informel et les zones rurales.

Le Tech Observateur : Qu’attendez-vous particulièrement de cette 5ᵉ édition de la Rentrée Numérique – Édition spéciale Afrique ?

Aïssatou Kassé : L’ambition pour cette 5e édition est d’atteindre un impact opérationnel sans précédent.

Cette édition spéciale Afrique vise à déboucher sur une charte ou un plan d’action unifié, véritable feuille de route pour la souveraineté numérique du continent. L’objectif est que chaque participant secteur public, privé, startups ou experts reparte avec des engagements concrets et une vision partagée de notre destin technologique commun.

Le Tech Observateur : Quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs publics, privés, aux entrepreneurs et aux jeunes qui suivront les travaux de cette édition ?

Aïssatou Kassé : À tous, saisissez cet espace pour faire entendre votre voix et imposer vos solutions. La souveraineté numérique africaine ne se décrète pas ; elle se bâtit par notre talent collectif et la convergence de nos actions.

Alors, ne manquez pas ce rendez-vous ! Nous vous attendons les 8 et 9 septembre 2026 au Noom Hôtel à Dakar. Inscrivez-vous dès maintenant via ce lien : https://rentreenumerique.com/. Participez en nombre à nos échanges et, surtout, partagez l’événement avec toute votre communauté. On compte sur vous pour faire résonner cette dynamique au-delà de nos frontières !

Le Tech Observateur : Enfin, comment imaginez-vous la contribution de la Rentrée Numérique à l’écosystème tech sénégalais et africain dans les prochaines années ?

Aïssatou Kassé : Comme le dit notre CEO Ibrahima Nour Eddine DIAGNE, la Rentrée Numérique, c’est un peu le moment où l’écosystème sénégalais sort ses cahiers pour planifier l’année à venir . On ajuste le calendrier, on définit les priorités et on s’assure que tout le monde est sur la même longueur d’onde. Pour l’instant, on fait notre rentrée à Dakar, mais l’objectif à terme est de passer au niveau continental.

Et je dirais même que c’est nécessaire : si nous ne prenons pas le temps de fixer nous-mêmes nos échéances et notre propre timing, d’autres le feront pour nous. Et, entre nous, il est bien rare que les agendas des autres correspondent parfaitement à nos besoins de développement. Dans les prochaines années, j’espère donc que cette “rentrée” ne sera plus seulement un rendez-vous local, mais un véritable centre de planification stratégique où l’Afrique cesse de subir le calendrier des autres pour enfin dicter le sien.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
LETECHOBSERVATEUR Fond Blanc 445x180 Blanc

Toute l’actualité IT en direct de Dakar 

CONTACT
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x