Dans les salles de cours, devant un tableau ou un écran de projection, Cheikhou Oumar Niang parle souvent d’algorithmes, de réseaux de neurones ou encore de deep learning. Pourtant, derrière ce vocabulaire technique, se cache une conviction beaucoup plus simple : l’avenir du Sénégal ne se jouera pas uniquement dans les machines, mais plutôt dans les femmes et les hommes capables de les mettre au service de la société.
À seulement quelques années d’expérience dans l’enseignement supérieur, celui qui a d’abord travaillé comme ingénieur en informatique en France pour les multinationales, s’est déjà imposé comme l’un des jeunes visages de la formation en intelligence artificielle dans son pays d’origine. Enseignant à l’ESIC, à l’EFREI, à l’EMCD Paris et à Paris École de Management, il partage aujourd’hui son temps entre la transmission des connaissances, la vulgarisation de l’intelligence artificielle et l’accompagnement d’une nouvelle génération de talents.
La fascination des données
Bien avant de dispenser des cours sur les dernières tendances technologiques, Cheikhou Oumar Niang était déjà animé par une curiosité profonde pour les sciences et la compréhension des phénomènes complexes. Le ressortissant de Nord Foire, dans la banlieue dakaroise, fait partie de cette génération qui a grandi à une époque où les données commençaient progressivement à devenir l’une des ressources les plus stratégiques du monde contemporain.
Très tôt, le jeune homme se passionne pour les chiffres, les raisonnements logiques et les mécanismes qui permettent de comprendre la réalité. Ce goût pour l’analyse ne relève pas simplement d’un intérêt académique. Il s’agit d’une manière de regarder le monde, de chercher les causes derrière les phénomènes, d’identifier les liens invisibles qui relient les événements entre eux.
Au fil de son parcours, l’ancien pensionnaire du Lycée « Yalla Suur En », formé également à l’Institut Supérieur d’Informatique et BEM Dakar, découvre progressivement l’univers de la donnée et de l’intelligence artificielle. Une révélation. Là où certains voient uniquement des statistiques ou des lignes de code, Cheikhou perçoit des histoires, des tendances et des possibilités. « La donnée raconte des histoires et permet de prendre de meilleures décisions », résume-t-il. Une conviction qui deviendra, plus tard, le fil conducteur de sa carrière.
Ce qui le séduit particulièrement dans l’intelligence artificielle, c’est cette rencontre entre la rigueur scientifique et l’impact concret sur la société. Les modèles mathématiques ne sont pas, à ses yeux, de simples exercices théoriques. Ils peuvent aider à améliorer les systèmes de santé, optimiser les services publics, soutenir l’agriculture, faciliter l’éducation ou encore éclairer les décisions économiques, explique-t-il.
Peu à peu, le quarantenaire, qui excellait déjà en Mathématiques, en Physique Chimie et SVT, oriente donc son trajectoire vers les métiers de la donnée, du machine learning et du deep learning. Cette fascination pour les données n’est donc pas seulement une passion technique. Elle est devenue une vision, celle d’un monde où la connaissance, la maîtrise des algorithmes et la compréhension des données constituent les nouveaux leviers de développement, d’innovation et de souveraineté.
Former les talents du numérique
S’il consacre aujourd’hui une grande partie de son temps à l’intelligence artificielle, Cheikhou Oumar Niang a pourtant fait un choix qui en dit long sur sa vision : celui de l’enseignement. Dans un contexte où les compétences en data science et en intelligence artificielle sont fortement recherchées par les entreprises, il a décidé de placer la transmission des connaissances au cœur de son parcours.
À l’ESIC, à l’EFREI, à l’EMCD Paris ou encore à Paris École de Management, Monsieur Niang ne passe pas inaperçu. Derrière les cours et les travaux dirigés, se cache cependant une ambition plus profonde : contribuer à l’émergence d’une génération de professionnels capables de comprendre, développer et maîtriser les technologies qui façonnent le monde de demain.
Pour lui, la véritable richesse d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures ou à ses ressources naturelles, mais à la qualité de son capital humain. Former, transmettre et accompagner les jeunes talents constitue ainsi l’un des investissements les plus stratégiques qu’une société puisse réaliser, confie Cheikh Oumar Niang. Et dans un domaine où les connaissances évoluent à une vitesse fulgurante, il estime indispensable de démocratiser l’accès aux compétences numériques afin que chacun puisse participer à la transformation technologique plutôt que la subir.
Son engagement dépasse d’ailleurs le simple cadre académique. À travers ses prises de parole, ses formations et sa participation à diverses initiatives liées à l’IA, ce diplômé de l’Université de Pau milite pour une diffusion plus large des savoirs numériques. Son objectif n’est pas seulement de former des spécialistes, mais plutôt de contribuer à l’émergence d’une culture de la donnée et de l’innovation au Sénégal.
Le Sénégal face au défi de l’IA
Lorsqu’il évoque l’avenir de l’intelligence artificielle au Sénégal, l’enseignant-chercheur se montre à la fois optimiste et lucide, à la fois. Optimiste parce qu’il observe, depuis plusieurs années, l’émergence d’une jeunesse curieuse, ambitieuse et de plus en plus attirée par les métiers du numérique. Lucide parce qu’il mesure également le chemin qu’il reste à parcourir pour transformer cet intérêt en véritable écosystème de compétences et d’innovation.
Le Sénégal dispose aujourd’hui de plusieurs atouts. Les écoles et universités multiplient les formations spécialisées, les communautés de développeurs se structurent, les startups technologiques gagnent en visibilité, à ses yeux, et les questions liées à la donnée et à l’intelligence artificielle occupent progressivement une place plus importante dans les débats publics. L’émergence d’initiatives de formation, de programmes de sensibilisation et de rencontres autour de l’IA témoigne, selon lui, d’une dynamique encourageante.
Mais derrière cet enthousiasme, subsistent encore de nombreux défis. Le premier est celui des compétences. Les spécialistes de la donnée, du machine learning ou de l’intelligence artificielle demeurent encore peu nombreux, à l’en croire. Et les entreprises peinent parfois à recruter certains profils, sans compte les organisations publiques qui commencent seulement à intégrer pleinement les enjeux liés à la donnée.
Le second défi concerne les infrastructures. L’accès aux ressources de calcul, aux équipements spécialisés ou aux environnements technologiques adaptés reste encore limité. Dans un domaine où la puissance de calcul et les capacités techniques jouent un rôle déterminant, ces contraintes peuvent ralentir l’émergence de projets ambitieux, sensibilise celui qui vit aujourd’hui entre la France et le Sénégal.
Une intelligence artificielle au service de l’Afrique
Pour Cheikhou Oumar Niang, l’intelligence artificielle ne doit pas être regardée comme une technologie lointaine, réservée aux grandes puissances, aux laboratoires étrangers ou aux géants du numérique. En tant que levier destiné à faciliter la compréhension de nos propres réalités, la prise en charge de nos propres urgences et la construction de nos propres solutions, l’IA doit devenir, estime-t-il, un outil entre les mains de l’Afrique.
Son ambition est claire : contribuer à l’émergence d’un écosystème technologique africain plus autonome, plus innovant et plus inclusif. Et, après analyse, Cheikhou Oumar Niang plaide pour une adoption massive de l’intelligence artificielle dans plusieurs secteurs. Dans la santé, l’agriculture, l’éducation, les services publics, la finance ou encore la protection de l’environnement, l’IA peut ouvrir des perspectives considérables. Mais pour cela, prévient le chercheur, elle doit être pensée à partir du terrain africain, de ses langues, de ses contraintes, de ses priorités et de ses ambitions et non l’inverse.
C’est pourquoi le ressortissant de Dakar insiste autant sur la formation, la responsabilité que l’éthique. Il ne s’agit pas seulement de créer des algorithmes performants, mais de former des femmes et des hommes capables d’en comprendre les limites, les risques et les conséquences. Aux jeunes Sénégalais qui veulent d’ailleurs se lancer dans ce domaine, le message de l’universitaire est on ne peut plus clair : il est possible d’apprendre, de créer et d’innover à partir du Sénégal tout en ayant un impact à l’échelle mondiale. Il les invite à être curieux, persévérants et disciplinés, sans attendre que toutes les conditions soient réunies pour commencer.