https://letechobservateur.sn/
Coumba Theressa Seck : De Mexico à Bruxelles, en passant par Banjul, Ziguinchor et Ndar Guédj, le parcours d’une citoyenne du monde qui veut gouverner l’Intelligence Artificielle

Coumba Theressa Seck : De Mexico à Bruxelles, en passant par Banjul, Ziguinchor et Ndar Guédj, le parcours d’une citoyenne du monde qui veut gouverner l’Intelligence Artificielle

Née au Mexique il y a bientôt cinquante ans, grande silhouette élancée de 1,72 mètre, teint noir, regard serein et parole posée, Coumba Theressa Seck appartient à cette catégorie rare de femmes dont le parcours défie les frontières. Mariée, mère d’un enfant, franco-sénégalaise de nationalité, belge d’adoption, sénégalaise de cœur, elle porte en elle plusieurs mondes à la fois. La fondatrice de Mestiza Change & Leadership Lab, cabinet spécialisé dans la gouvernance de l’intelligence artificielle et la transformation digitale, cumule également près de vingt ans d’expérience au sein du groupe ENGIE. Son histoire ressemble à une traversée des continents, mais surtout à une quête permanente de sens, de savoir et d’impact.

Chez l’ancienne pensionnaire de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, le métissage n’est pas seulement une réalité administrative ou familiale. C’est d’abord et avant tout une manière d’être au monde. Ayant vu le jour en Amérique du Nord, élevée entre le Sénégal et la Gambie, formée dans le Nord du Sénégal puis en France avant de s’établir à Bruxelles, Coumba Theressa Seck a appris très tôt à naviguer entre les cultures. Lorsqu’on lui demande qui elle est, elle répond simplement être « une citoyenne du monde qui fait dialoguer les mondes ». Une formule qui résume parfaitement une vie construite à la croisée des identités et des expériences et qui aurait fortement plu à l’académicien franco-libanais, Amin Maalouf. Son cabinet porte d’ailleurs un nom qui n’a rien d’anodin : « Mestiza », qui signifie « métisse » en Espagnol.

L’Université Gaston Berger, le véritable point de départ

Si son acte de naissance porte le nom de Mexico, une grande partie de son histoire personnelle s’est écrite en Afrique de l’Ouest. La Gambie, la Casamance et Saint-Louis occupent une place particulière dans sa mémoire. Elle évoque avec tendresse les mangues, le madd, le ditakh, les vacances familiales et les paysages qui ont accompagné son enfance. Ces souvenirs nourrissent encore aujourd’hui son attachement au Sénégal.

Mais l’héritage le plus précieux ne vient pas des lieux, mais plutôt de ses parents. De son propre aveu, ils lui ont transmis la foi, le goût du travail, la dignité et le sens des responsabilités. Des valeurs qui continuent de guider ses décisions professionnelles comme personnelles. Curieuse, studieuse, rêveuse et parfois impétueuse, la jeune Coumba passait son temps entre les livres, le basket-ball, le tennis et l’athlétisme. Elle rêvait alors de devenir médecin, persuadée que sa mission serait d’aider les autres à se sentir mieux.  

Parmi les nombreuses étapes de son parcours, l’Université Gaston Berger de Saint-Louis occupe une place centrale. C’est là que se dessine véritablement son avenir. En 2000, elle y obtient un Master 1 en informatique avec mention Bien au sein de la promotion Sanar 6. Une réussite qui lui ouvre les portes d’une bourse de l’État du Sénégal pour poursuivre ses études en France. Avec le recul, elle considère que tout son parcours international trouve son origine dans cette période décisive.

Comme beaucoup d’anciens de l’UGB, la native de Mexico garde des souvenirs vivaces du campus. Les longues heures passées au Centre de calcul, les amitiés forgées pour la vie, les anecdotes devenues légendaires et même les ânes qui circulaient librement dans l’université font aujourd’hui partie de son patrimoine personnel. Trente ans plus tard, les liens créés à Sanar (du nom du village qui abrite l’Université) demeurent intacts. Plus encore, cette expérience lui a transmis une rigueur scientifique qui continue d’influencer sa manière d’analyser les problèmes et de construire des solutions. « Au début, j’étais un peu perdue. C’était la première fois que je sortais du cocon familial. Très vite, je me suis faite studieuse, et plutôt casanière », se souvient-elle.

Le grand départ vers l’international

L’ouverture au monde ne s’est pourtant pas faite du jour au lendemain. Entre l’obtention de sa bourse et son départ effectif pour la France, une année s’écoule. Une année décisive. Elle travaille alors au Sénégal sur plusieurs projets numériques, notamment des sites web pionniers et un système de transactions bancaires par courrier électronique. Bien avant l’explosion du Mobile Money, la Franco-sénégalaise participe déjà à des initiatives visant à digitaliser les paiements en Afrique de l’Ouest. Une expérience fondatrice qui lui permet de comprendre très tôt le potentiel transformateur du numérique.

En France, elle décroche un Master 2 en ingénierie des réseaux à l’Université de Rennes 1. Suivent ensuite plusieurs expériences dans les Télécommunications, notamment chez Kabira Technologies, France Télécom puis Mobistar, filiale belge du groupe Orange. Une mission temporaire à Bruxelles finit par se transformer en une installation durable. Plus de vingt ans plus tard, la capitale belge est devenue son port d’attache.  Après les télécommunications, Coumba Theressa Seck poursuit sa carrière dans des environnements toujours plus complexes. Elle passe par le secteur pharmaceutique avant de rejoindre ENGIE en 2007 d’abord en tant que consultante externe puis interne depuis 2008. Pendant près de deux décennies, la belge d’adoption participe à la conduite de projets internationaux, de transformations organisationnelles et de programmes stratégiques impliquant plusieurs pays et plusieurs cultures. Son parcours est marqué par une constante : transformer les intentions stratégiques en résultats concrets.

Pour renforcer encore davantage cette expertise, Theressa – du nom de son homonyme mexicaine – complète en 2025 son parcours par un Executive Master in Management à la Solvay Brussels School of Economics and Management. Une étape qui accompagne son évolution du pilotage technique vers le pilotage stratégique des organisations.

Aux origines de la création de Mestiza Change & Leadership Lab

Après avoir accompagné durant des années des projets dans des environnements Corporate Coumba Theressa Seck décide de franchir une nouvelle étape. En janvier 2026, elle lance Mestiza Change & Leadership Lab, un cabinet dédié à la gouvernance de l’intelligence artificielle, à la transformation digitale et à la conduite du changement. Derrière cette initiative se trouve une conviction forte : les PME sont confrontées aux mêmes défis que les grands groupes, mais sans disposer des mêmes ressources pour y répondre.

À travers Mestiza Lab ™, elle souhaite mettre à la disposition des dirigeants ce qu’elle a appris durant vingt années de transformations complexes : des cadres de gouvernance, des méthodologies de décision et une approche qui place l’humain au cœur des changements technologiques. Pour elle, l’intelligence artificielle ne doit jamais être une simple question d’outils. Elle est avant tout une question de gouvernance. Son ambition est d’aider les organisations à répondre à trois interrogations fondamentales : qui décide, sur quelle base et à quel moment accepte-t-on de changer d’avis ?

Une vision lucide de l’intelligence artificielle

À l’heure où l’IA suscite autant d’enthousiasme que de craintes, Coumba Theressa Seck adopte une position nuancée. Ce qui la fascine le plus, explique-t-elle, n’est pas la technologie elle-même mais sa capacité à amplifier les décisions humaines. Selon elle, l’IA ne remplace pas le jugement. Elle le démultiplie. Une bonne décision produira de meilleurs résultats. Une mauvaise décision accélérera les conséquences négatives. « L’IA n’invente pas vos décisions. Elle les amplifie. Si vous décidez bien, elle décuplera vos résultats. Si vous décidez mal, elle accélèrera votre chute. Une organisation dont les décisions sont floues n’obtiendra pas de la clarté en ajoutant de l’IA. Elle obtiendra du flou, plus vite et à plus grande échelle », résume-t-elle.

Convaincue que les métiers du savoir comme la rédaction, la traduction, le juridique, l’informatique, l’administration et toutes les fonctions reposant sur le traitement de l’information, seront les plus transformés dans les années à venir, elle refuse toutefois les discours alarmistes annonçant une disparition massive des emplois. Pour elle, l’enjeu principal sera la transformation des métiers plutôt que leur suppression.

Et qu’en est-il du sort de l’Afrique ? La consultante en transformation considère que le continent a une véritable carte à jouer à condition de produire ses propres cadres de gouvernance et de mieux représenter ses langues et ses données dans les modèles en vigueur. Le défi n’est pas de copier les approches occidentales mais d’inventer des réponses adaptées aux réalités africaines, estime-t-elle.

Le Sénégal vu depuis Bruxelles

Malgré plus de deux décennies passées en Europe, Coumba Theressa Seck n’a jamais rompu le lien avec son pays. Elle continue de parler couramment Wolof, suit attentivement l’évolution de l’écosystème numérique africain et conserve un regard optimiste sur son potentiel. À ses yeux, l’Afrique dispose de trois atouts majeurs : une jeunesse entreprenante, des talents techniques de qualité et une diaspora riche d’expériences internationales. Toutefois, ces gros avantages ne sont pas sans challenges. Elle identifie plusieurs défis : le passage à l’échelle des innovations, la structuration de la gouvernance, l’adéquation entre formation et marché de l’emploi, ainsi que la valorisation de la diaspora. Selon elle, cette dernière représente une ressource encore largement sous-exploitée, non pas seulement pour ses investissements financiers, mais surtout pour les méthodes, les cadres de décision et l’expérience qu’elle peut apporter.

À cinquante ans, Coumba Seck regarde son parcours avec humilité. Sa plus grande fierté est d’être la preuve qu’une formation reçue à l’Université Gaston Berger et une bourse de l’État du Sénégal peuvent conduire à des responsabilités internationales de premier plan. Son ambition désormais est de faire de Mestiza Change & Leadership Lab et de son Cercle Stratégique IA une référence du dialogue Afrique-Europe sur la gouvernance de l’intelligence artificielle.

De Mexico à Bruxelles, en passant par Banjul, Saint-Louis, Rennes, Paris, Grenoble et Dakar, notre citoyenne du monde a construit une trajectoire qui échappe aux catégories habituelles. Femme de technologies, stratège du changement et entrepreneure, elle incarne cette génération de leaders africains convaincus que l’avenir du continent ne se jouera pas seulement dans les innovations technologiques, mais aussi dans la capacité à les gouverner avec rigueur, discernement et humanité.

Cette trajectoire internationale, Coumba Theressa Seck ne la vit pas comme une rupture avec ses origines. Elle la vit comme une dette à honorer. L’Université Gaston Berger lui a donné une base solide. L’État du Sénégal lui a donné une bourse. Ensemble, ils ont rendu possible tout ce qui a suivi. Revenir contribuer dans un écosystème qui a tout rendu possible, avec l’humilité de celle qui sait qu’elle a autant à apprendre qu’à partager. Depuis Bruxelles, elle choisit de rester ce pont. Entre l’Afrique et l’Europe. Entre deux écosystèmes qui ont chacun forgé une partie de ce qu’elle est devenue.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
LETECHOBSERVATEUR Fond Blanc 445x180 Blanc

Toute l’actualité IT en direct de Dakar 

CONTACT
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x