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Le digital avec les concepts de Jub, Jubal et Jubanti

Le digital avec les concepts de Jub, Jubal et Jubanti

Le Sénégal entre dans une nouvelle ère. Les leaders politiques ont l’ambition de mettre les meilleurs sénégalais aux meilleures positions pour avoir les meilleurs impacts au bénéfice des Sénégalais. La vision des nouvelles autorités ne se limite pas à une localité ni à une couche sociale. Elle me semble inclusive, incrémentale et adaptative. 

En sus, je constate que cette vision adresse particulièrement le secteur du numérique, la transformation digitale des bras séculiers de notre administration publique. J’ai personnellement adoré le concept de Jub, Jubal et Jubanti qui inspirent une dynamique transformationnelle systémique de l’administration et des secteurs phares du pays. 

Dans le domaine du numérique, ma lecture des concepts est très simple, la notion de :

  • JUB : adresse l’humain qui est au début et à la fin de tout changement, de toute transformation. Il matérialise l’attitude et le comportement de l’agent de l’état et de l’usagers du service public.
  • JUBALE : adresse la définition et l’application rigoureuse des démarches, procédures et processus internes de l’administration pour satisfaire l’usager du service public avec célérité et transparence. C’est à ce niveau que l’expertise des agents de l’Etat est attendu et recherchée. Le défi de la mise en œuvre de ce concept est de faire de telle sorte que même si l’humain est mal intentionné ce principe reste inébranlable et respecté.
  • JUBANTI : concerne l’ensemble des outils, solutions, plateformes, infrastructures, équipements, etc. concourant à la digitalisation des démarches, procédures et des processus administratifs issues de la matérialisation du concept et des attentes et exigences de JUBALE.

A mon humble avis, nous savons tous que l’homme est au début et à la fin de toute transformation sociétale et systémique. Dans le domaine de la transformation digitale, impulsée par les autorités, il sera nécessaire d’inculquer ou de rappeler aux agents de l’administration centrale, déconcentrée et décentralisées les valeurs issues du concept JUB. L’expérience nous montre que souvent les échecs notés dans les projets digitaux ne sont forcément pas liés aux impairs techniques ni technologiques. Ils résident souvent sur la réticence des acteurs, le rejet des agents aux changement et surtout le désintéressement des acteurs bénéficiaires pour des intérêt cachés et souvent non exprimés. En cela, s’ajoute la non-implication des leaders et des autorités bénéficiaires dans la mise en œuvre. 

Personnellement, pour avoir conduit de nombreux projets digitaux dans plusieurs secteurs de l’administration publique sénégalaise et aussi dans la sous-région, je peux bien mesurer l’impact que peut avoir l’humain dans la réussite des projets digitaux ! Le concept JUB est plus un levier pour bâtir de nouveaux processus de conduite de changement dans les projets digitaux qu’un simple élément de langage de communication. Il permettra de mettre l’agent de l’état au cœur de la digitalisation du service public !

Concernant le JUBALE, je me permets juste de partager avec vous quelques constats issus de mes expériences dans le domaine de la digitalisation des procédures administratives. Très souvent, les structures publiques ont des manuels et des processus déjà établis et souvent même formalisés à travers des manuels de procédures ou d’autres documents similaires. Malheureusement, ces processus ne sont pas appliqués, ni respectés par les agents et les autorités en charge. Ces documents restent dans les tiroirs et ne sont partagés que très rarement ! 

Il y’a véritablement un fossé entre ce que disent les textes et la pratique administrative. Chaque agent y va souvent à sa façon et son style. La preuve, les délais de diligence des procédures administratives ne sont pas souvent connus par les agents concernés ! En sus, ces délais sont définis de façon globale, avec l’intervention de plusieurs acteurs, sans une répartition rigoureuse de ces derniers dans les différentes stations de traitement ou de décisions. La finalité est simple, les délais sont fixes mais personnes ne connaît le temps qui lui est imparti, donc pas respectés !

Jubale permettra de mettre la lumière et d’accélérer la simplification, l’allègement, la formalisation, le partage et surtout à l’application stricte des procédures administratives dans toutes les stations de traitement et de décision en charge de la diligence du service public, du cabinet du ministre aux agents techniques. Jubale est un levier pour mieux servir les usagers du service public en synergie avec des agents qui incarnent le JUB.

Enfin JuBanti, je serai tenté d’aligner véritablement ce concept aux corpus d’outils digitaux. Je vais y revenir !

En effet, le Sénégal est l’un des pays de la sous-région qui a le plus investi dans les infrastructures et équipements digitaux. L’état et le secteur privé ont maillets le pays en infrastructure numérique. La fibre optique est dans nos côtes et sous nos murs. Nous avons des centres de ressources (datacenters) administrés en majorité par l’expertise locale avec des offres de service acceptables. Toutefois, le défi de la souveraineté numérique associé à la confiance numérique restent encore à être relevé mais les bases sont déjà bâties ! Aujourd’hui, à mon humble avis, il nous faut accompagner ce changement systémique avec une nouvelle orientation. 

Nous devons passer d’un numérique orienté infrastructure à un numérique orienté services, solutions, plateforme État et surtout la gestion et l’exploitation des données. C’est pour moi le seul issus pour faire ressentir l’impact du numérique aux usagers, bénéficiaires (notamment les étudiants, les investisseurs, les citoyens, les structures du privé, etc. ) et de rendre performante notre administration publique.

Dans le domaine du numérique, notre pays est face à de nombreux défis sectoriels. En analysant de près, en tant que consultant et experts dans le domaine de la formation digitale, je me demande par quelle piste il nous faudra attaquer le taureau. En échangeant avec les acteurs de la santé, vous êtes submergés par les défis et vous vous demandez comment faire pour concrétiser au Sénégal la e-Sante, le dossier patient digitalisé, la digitalisation des services de santé, la gestion de l’accueil et des urgences. Bref comment mettre le patient au cœur du dispositif à travers le numérique ? 

Dans le domaine  de la  formation professionnelle, de l’insertion des jeunes, le problème reste encore entier. L’état a fait beaucoup de chose mais l’impact est toujours discutable. Jubanti permettra d’adresser des solutions digitales pour mettre les jeunes et apprenants au cœurs du dispositif. 

Bref, j’ai mentionné ces secteurs mais le problème reste entier dans presque tous les segments de notre administration publique ! Il nous faut alors réinventer les choses !

Malheureusement, Chaque secteur se considère prioritaire et ses défis sont important. Comment faire ? Par où commencer ? Par quel secteur ? Pour quelle cible ?

En cela s’ajoute, l’impératif de maîtriser et de garantir les pré-requis techniques, technologiques et juridique pour bâtir une infrastructure numérique solide, durable, inter-opérable, évolutive et respectant les exigences et normes liées à la confiance numérique. Les pays qui ont réussi la transformation de leur service public ont pu lever ces défis majeurs. Le Sénégal doit il gérer en amont ces derniers ou bien nous devons faire autrement ? 

Ces exigences et défis sont entre autres les suivants :

  1. La finalisation des last-miles et des réseaux locaux (LAN) pour permettre aux structures de l’état d’être véritablement dans le réseau numérique de l’Etat et de pouvoir réduire les coûts d’accès aux services digitaux au sein l’administration ! 
  1. La mise en place de l’identité digitale pour les personnes physique et morales avec une approche inclusive. Cette identité pourra être bâtie sur la base des fichiers existants. Les fichiers de l’Etat civil, des cartes d’identité, des passeports, des bénéficiaires des bourses familiale et des programmes sociaux, des abonnés des opérateurs etc  ! Cela contribuera à bâtir le registre de la population avec des données à jour. Avec cette identité digitale l’usager du service public pourra adressés tous les secteurs de l’état et même du privé avec le même identifiant sans anicroche ! 
  2. La gestion et la conservation des grands registres de l’Etat. Certains pays parlent de RÉFÉRENTIELS. Il nous faudra bâtir les référentiels sectoriels : registre des véhicules, registre des contribuables, registre foncier, registre de la santé, le registre des fonctionnaires, etc. Je reviendrai plus tard sur ce point essentiel pour maîtriser l’architecture d’entreprise de l’Etat avec des illustrations dans mon prochain article !
  3. La digitalisation des archives de l’état. A date, la diligence ce point est très urgent et très important. Notre administration publique a de sérieux problème de gestion et de conservation de ses archives ! L’une des souffrances majeures des agents de l’état en position de retraite est l’accès à leurs actes de gestion et d’administration. L’administration leur demande systématiquement des documents qu’elle a elle-même délivrée il y’a une décennie. C’est souvent une véritable cache tête pour les retraités de l’état pour recevoir leurs pensions et leur prise en charge dans les IPM. 
  4. La mise à jour du corpus juridique du secteur numérique au Sénégal. Sauf erreur de ma part, il est urgent d’actualiser la Loi d’Orientation de Société de l’Information qui date de 2008. À l’heure de l’IA, du big data, du Blockchain et de toutes ces technologies émergentes, il est urgent et important d’attaquer ce vaste chantier ! Heureusement le Sénégal a des experts très respectés sur ces questions ! 
  5. Enfin la rationalisation des financements des projets digitaux et l’impératif d’un leadership IMPOSANT dans le secteur. Je considère ce point comme pré requis car des pays de la sous-région réussissent leur eGov avec ce levier crucial. 

Chers lecteurs, je m’excuse de la longueur du texte mais notre amour pour notre pays nous pousse souvent à dire plus ! J’ai voulu que ce texte soit simple pour permettre aux acteurs qui ne sont pas du secteur de pouvoir comprendre nos termes qui sont souvent compliqués à appréhender. Récemment lors d’une réunion avec un client, un participant m’a dit vous les acteurs du numérique vous êtes comme une secte. Vous parvenez à vous comprendre mais les autres ….. lol.

Merci chers lecteurs !

Omar Mar, ingénieur de conception en génie informatique 

Ancien chef de projet à l’ADIE

Ancien DSI de l’ADIE

Consultant et expert en transformation digitale 

Directeur générale de Kangame (KGM) Consulting 

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