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Magatte Sylla : connecter l’Afrique sans porter un tort à l’environnement

Magatte Sylla : connecter l’Afrique sans porter un tort à l’environnement

Soutenu par le gouvernement du Sénégal et d’autres mécanismes de financement, Magatte Sylla, CEO de INTERFACE, 1ère  start-up africaine nominée au sommet mondial de l’information WISIS 2019, travaille à démocratiser l’accès au WIFI en Afrique, en faisant contribuer les entreprises et les opérateurs de téléphonie à travers un business model plébiscité par l’écosystème numérique de son pays. Ousmane Gueye

Entre ses bureaux situés à Sicap Sacré-Cœur cité Keur Gorgui, en plein Dakar et le siège de Sonatel, il n’y a que quelques mètres. Mais côté chiffre d’affaires, la réalité est tout autre. Il va falloir sûrement des années de travail à Magatte Sylla pour atteindre les 1022 milliards réalisés par le leader du marché des télécommunications au Sénégal, en 2018 et qui se trouve être son ancien employeur. Mais penser que c’est impossible revient à mal connaître le jeune entrepreneur de 41 ans qui a entrepris, il y a moins de deux ans, de mettre en place un modèle d’accès à Internet qui fait l’affaire des usagers, des entreprises et des opérateurs télécoms. Dénommée « Beinday », la marque enregistrée est une contraction de trois termes anglais « be », « in », « day », la plateforme propose aux populations du WIFI libre contre de la publicité comme sur Youtube. Le business model repose sur une gratuité de l’accès financé par les entreprises désireuses de faire des annonces sur la plateforme. De leur côté, les sociétés de téléphonie se chargent de la mise à disposition de l’infrastructure pour ensuite prendre une part sur les revenus générés par le business.

Les grands opérateurs de téléphonie convaincus par le modèle

Dans un pays où tout le monde n’a pas encore accès à Internet (seul 58 % de pénétration) et 25% en Afrique, le projet a vite trouvé preneur. Sonatel, Expresso, Free et le Fournisseur d’Accès Arc Télécoms, contractent ou négocient avec la start-up Interface SAS qui a fêté son premier bon de commande de 4000 euros déjà en avril 2019. Les points d’accès WIFI installés par les équipes de l’ingénieur technologue en informatique sont aujourd’hui au nombre de 21 dans 7 différents sites dont des banques et des établissements culturels comme le Monument de la Renaissance Africaine qui a inauguré la série. L’objectif, à la clé, c’est d’aller à la conquête de l’Afrique. Le CEO d’Interface SAS et inventeur de la plateforme Beinday, diplômé de l’Institut Africain de Management (IAM) en 2005 ne s’en cache plus. Il veut conquérir une vingtaine de pays (Bénin, Cameroun, Gabon, Mauritanie, Niger, Togo) avec une implantation à l’horizon 2022 au Mali et en Côte d’Ivoire.

L’Afrique en ligne de mire

Une ambition africaine bien réalisable après une prise de participation à hauteur de 35.000 euros faite par la Délégation à l’Entrepreneuriat Rapide, nouveau mécanisme de financement des jeunes entrepreneurs mis en place par l’Etat du Sénégal avec un fonds qui s’élève à plus de 43 millions d’euros. Dernièrement, la start-up a également opéré une autre levée de 35.000 euros. Après un premier échec avec une entreprise dont le nom leur était contesté par une grosse société américaine, l’équipe est convaincue que la réussite n’est plus loin. Constituée de plusieurs profils différents dont des ingénieurs en informatique, des spécialistes télécom, avec une qualification en infrastructures, des manageurs, des experts en finances, marketing, communication et vente, Interface SAS est gérée par un boarding Team composé deux Sénégalais et deux Allemands qui se sont réunis en associés avec une équipe de 6 sénégalais en full time dans la production. La bande vient d’avoir un brevet de la part de l’Organisation africaine pour la propriété intellectuelle (OAPI) pour s’implanter dans les 17 pays visés, sur le continent avec différentes offres relevant aussi bien de l’événementiel que du WIFI dédié aux banques, aux établissements ouverts au public et aires d’accueil, comme les lieux culturels, aux voitures, etc.

Une collaboration avec les GAFAM en préparation

Le premier objectif fixé était d’atteindre 4 clients en 2019, l’équipe en a eu 3, mais, loin de s’en désoler, Magatte Sylla s’en félicite plutôt, estimant que cela lui a rapporté plus de 21.700 euros avec des perspectives de multiplier par 10 le nombre de clients avec le chiffre d’affaire en 2020. Par ailleurs, Interface SAS travaille sur une collaboration ou l’octroi de licence dans l’espace sous régional avec le droit territorial. Ce que l’équipe cherche à obtenir auprès des GAFAM dont Google avec ses stations WIFI dans une capitale africaine mais également Facebook à travers son nouveau produit appelé Express Wi-Fi qui consiste à donner la possibilité aux commerçants locaux d’offrir un accès abordable aux populations à travers des points d’accès WIFI en utilisant le logiciel Express du plus grand réseau social au monde. Accompagné par le cabinet d’expertises Carapaces, le groupe a dans les bonnes grâces de la Commission de protection des données personnelles (CDP) et de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) chargées respectives des données personnelles et de la régulation des télécoms au Sénégal.

Démocratiser l’accès à WIFI en préservant l’environnement

Et cerise sur le gâteau, le fonds néerlandais spécialisé dans l’accompagnement des entreprises sénégalaises à l’international s’intéresse aussi au projet. L’instrument onusien a beaucoup contribué à la vulgarisation de la start-up avec une participation aux Rencontres Africa 2019 à Dakar, axées notamment sur le digital, à la dernière édition Futur.e.s in Africa au Maroc dédiée à l’innovation, entre autres événements, sans oublier l’appui de CTIC Dakar, le premier incubateur en Afrique de l’Ouest francophone. La start-up, tout en œuvrant à un meilleur accès au WIFI pour les populations africaines, entend aussi contribuer faire les grandes villes du Sénégal une smart city dans le domaine des AdTech avec de l’Internet pour tous, les énergies renouvelables, la sécurité etc. Le CEO se dit fier d’avoir mis au point une « plateforme de préservation et de protection de l’environnement » qui permet aux entreprises et aux collectivités territoriales, par exemple, de mieux communiquer sans passer par des flyers. Sur ce plan, il rappelle d’ailleurs que les grandes sociétés pourraient faire plus de profits, estimées à 37 milliards de dollars, si elles amélioraient leurs communications.

Quand l’entrepreneur peine à joindre les deux bouts Avec une fourchette allant de 80 euros de frais d’accès à ce service à des offres sur devis personnalisé selon le dimensionnement retenu, l’équipe compte marquer de son empreinte le digital au Sénégal et en Afrique. Une perspective pas du tout facile à concrétiser. Magatte Sylla fait n’oubliera pas de sitôt ces moments difficiles dans la vie de l’entrepreneur qu’il est. Parfois, les fins de mois sont si salées que payer l’éducation des enfants relève du parcours du combattant, mais notre challenger est convaincu que c’est le prix à payer pour devenir indépendant. Au bureau, raconte-t-il en souriant, les collègues voient en lui un militaire.  Lors d’une formation aux Etats-Unis dans la Silicon Valley, des marines lui confirment que la vie entrepreneuriale est assimilée à une guerre commerciale comme dans les missions commando. Depuis le fondateur de Beinday qui vient de subir une opération de l’œil droit pour s’être trop penché sur l’écran de son ordinateur, enchaine les défis pour connecter les africaines et les africains.

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