Cheikh Tidiane Sarr a officiellement pris les commandes de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), ce lundi 5 octobre 2026, à l’occasion de la passation de service avec Dahirou Thiam. Le nouveau directeur général annonce une régulation collaborative, fondée sur les données et capable d’anticiper les mutations technologiques. Son prédécesseur a présenté le bilan de vingt-quatre mois à la tête de l’institution.
La cérémonie s’est tenue à l’annexe du siège de l’ARTP, aux Mamelles, en présence notamment du Président du collège de régulation, de la Directrice de cabinet du Ministre des Télécommunications et du Numérique, du Directeur des télécommunications, des cadres et du personnel de l’Autorité, ainsi que de représentants des opérateurs et de l’écosystème. Nommé le 10 septembre dernier, Cheikh Tidiane Sarr a salué le travail de son prédécesseur et des équipes. “La mission publique est une chaîne ininterrompue d’efforts“, a-t-il déclaré, inscrivant sa prise de fonction dans la continuité du service public.
Le nouveau directeur général entend inscrire son action dans l’Agenda national de transformation “Sénégal 2050” et le New Deal Technologique, présenté comme son “point d’ancrage” et sa “feuille de route“. Dans cette perspective, les télécommunications et les services postaux constituent des infrastructures essentielles à la compétitivité économique, à l’inclusion financière et à l’équité territoriale. De l’administration au centre de santé rural, en passant par le commerce et les startups, il place le numérique au cœur des activités et des services dont dépend le quotidien des Sénégalais.
Un régulateur prévisible, impartial et ouvert, qui anticipe les mutations technologiques
“Nous serons un régulateur prévisible, impartial, ouvert, inclusif, prospectif, techniquement outillé et garant intangible de l’intérêt général“, a promis Cheikh Tidiane Sarr. La dimension prospective occupe une place importante dans son discours. Déploiement de la 5G, prémices de la 6G, constellations satellitaires en orbite basse, intelligence artificielle, cloud souverain et transformation des flux logistiques : ces évolutions appellent, selon lui, une adaptation de l’action du régulateur. L’ARTP doit ainsi assumer un rôle de “bâtisseur de marché“, en se donnant les moyens de comprendre et d’accompagner les transformations de l’économie numérique.
Cette volonté d’anticipation se traduit notamment par l’annonce d’un cadre d’expérimentation réglementaire, adossé à un laboratoire d’innovation. Il doit permettre aux entreprises sénégalaises, aux chercheurs et aux acteurs technologiques de tester, dans un environnement sécurisé, de nouveaux modèles autour de l’intelligence artificielle, des objets connectés et des protocoles numériques avancés. “La régulation ne doit ni brider l’innovation locale ni freiner l’essor des initiatives technologiques“, soutient le nouveau directeur général. Il entend ainsi aménager un espace d’expérimentation pour accompagner l’émergence de nouveaux services.
Une régulation collaborative, fondée sur les données et mesurable par les usagers
Pour concrétiser cette ambition, Cheikh Tidiane Sarr veut faire évoluer l’ARTP vers une régulation de cinquième génération, dite G5, suivant le référentiel de l’Union internationale des télécommunications. Il la décrit comme une approche “collaborative, holistique, fondée sur la donnée et centrée sur l’impact sociétal et économique“. Il annonce des protocoles de co-régulation avec la BCEAO autour des services financiers mobiles et des fintechs, avec la Commission de protection des données personnelles sur la vie privée, ainsi qu’avec les institutions compétentes en cybersécurité et en concurrence. La mise en place d’un centre sectoriel de réponse aux incidents informatiques figure également parmi les perspectives évoquées pour protéger les infrastructures vitales.
Cette démarche doit transformer la manière dont l’Autorité recueille les informations et évalue les services. “Chaque décision du régulateur reposera sur des preuves scientifiques et des modélisations économiques indiscutables“, affirme-t-il. Cheikh Tidiane Sarr prévoit une télécollecte automatisée et un interfaçage technique continu avec les cœurs de réseaux des opérateurs, afin de dépasser les seules déclarations administratives. La qualité de service et la qualité d’expérience vécues par les consommateurs doivent faire l’objet de baromètres trimestriels opposables, publiés en données ouvertes. L’engagement porte ainsi sur un suivi régulier, documenté et accessible au public des performances des réseaux.
Faire de la couverture numérique une exigence d’équité territoriale
L’accès au numérique sur l’ensemble du territoire constitue une autre priorité du nouveau directeur général. “L’aménagement numérique de l’ensemble du territoire national est une condition non négociable de la justice sociale et de l’équité territoriale“, soutient-il. Il entend travailler avec le ministère pour repenser et renforcer le service universel, avec des résultats attendus dans la résorption des zones blanches et le désenclavement numérique des zones frontalières. Il cite également la connectivité effective des établissements scolaires et des structures sanitaires, ainsi que la démocratisation de l’accès aux smartphones. À ses yeux, les ressources mobilisées doivent se traduire par des améliorations tangibles pour les populations.
À cette ambition d’inclusion, Cheikh Tidiane Sarr associe une exigence de sécurisation des usages. Il présente l’anonymat sur les réseaux de télécommunications et les plateformes de monnaie électronique comme un risque pour la sécurité et l’intégrité des services financiers. Il considère ainsi “l’identification biométrique et fiable de chaque carte SIM active sur le territoire national” comme un impératif d’ordre public. Le nouveau directeur général inscrit cette orientation dans la lutte contre la cybercriminalité et les fraudes qui touchent les usagers, tout en annonçant une coopération avec la Commission de protection des données personnelles pour préserver la vie privée.
Repenser la régulation postale à l’heure du commerce électronique
Le secteur postal occupe également une place importante dans la feuille de route annoncée. Cheikh Tidiane Sarr estime que le Code des postes doit évoluer pour prendre en compte les transformations du marché : développement du commerce électronique, essor des expressistes privés, multiplication des plateformes de livraison et rôle des coursiers urbains, les “tiak-tiak”. Il appelle à un “cadre unifié de régulation postale et logistique“, capable de garantir la sécurité des transactions, des conditions de travail décentes et une concurrence saine. Cette ambition élargit la réflexion aux nouveaux acteurs qui assurent quotidiennement la circulation des biens.
Dans cette perspective, le nouveau directeur général annonce la participation technique de l’ARTP à la restructuration et au redressement stratégique de la Société nationale La Poste. Il évoque la mise en place d’une comptabilité analytique réglementaire certifiée et la redéfinition du financement du service postal universel. Il souhaite également accompagner la transformation du réseau postal en une infrastructure de logistique de proximité, un tiers de confiance financier et un point d’appui territorial pour l’identité numérique nationale. Le maillage de La Poste est ainsi envisagé comme un support à de nouveaux services, au croisement de la logistique, de la finance et de la transformation numérique.
Adapter les textes et renforcer les capacités de l’Autorité
Au-delà du chantier postal, Cheikh Tidiane Sarr annonce le concours technique de l’ARTP à l’actualisation du cadre juridique des communications électroniques, en lien avec les autorités ministérielles compétentes. Il souhaite que celui-ci prenne davantage en compte les plateformes numériques transnationales, les architectures cloud, les constellations satellitaires, l’Internet des objets et le partage d’infrastructures. L’objectif affiché est de doter le régulateur d’outils adaptés aux mutations du marché, de prévenir les abus de position dominante et de préserver la souveraineté numérique du Sénégal.
Cette évolution doit s’accompagner d’un renforcement des capacités internes. Le nouveau directeur général prévoit un bilan du capital humain pour identifier les compétences nécessaires à une régulation de cinquième génération. Il promet des rencontres régulières avec le personnel, un soutien à la formation continue et des revues trimestrielles structurées avec le collège de régulation. Son approche associera la “bienveillance envers les personnes” à une “exigence absolue de résultats, de probité et d’éthique professionnelle”. Ses premiers jours seront consacrés à la rencontre des équipes sur les différents sites de l’Autorité, mais aussi aux échanges avec les représentants des consommateurs et les entités régulées.
Dahirou Thiam présente vingt-quatre mois de régulation
Dans une vidéo de près de vingt minutes diffusée à l’occasion de la cérémonie, Dahirou Thiam a présenté le bilan de ses vingt-quatre mois à la tête de l’ARTP. Le directeur général sortant a notamment mis en avant le renforcement du capital humain de l’institution et de la présence du Sénégal dans les instances de régulation et de gouvernance. Il a également évoqué la contribution de l’Autorité à l’extension du free roaming, les actions de modernisation du secteur postal et la mise en place de plusieurs plateformes, dont celle consacrée à la gestion des réclamations, directement accessible aux opérateurs.
Dahirou Thiam a aussi cité l’automatisation des visites et des contrôles des navires, les travaux relatifs au dégroupage de la fibre, la révision du roaming national et la fiabilisation de l’identification des abonnés. Il a mentionné la réalisation de l’enquête nationale sur les TIC et l’encadrement de l’interconnexion, tout en faisant état d’une progression du chiffre d’affaires du secteur. Pour conduire ces chantiers, il a expliqué avoir privilégié un management participatif, soulignant la contribution des équipes à l’action de l’institution.
La cérémonie a également été marquée par l’intervention d’Oumar Diène Sakho, Président du collège de l’ARTP. Celui-ci a présenté l’institution et rappelé ses missions en matière de régulation des télécommunications et des postes au Sénégal.