Le 13 mai 2026, Dr Isaac Sissokho, expert en gouvernance et régulation des communications électroniques, prévenait déjà. Invité des « Après-Midis de la Tech » organisés par Le Tech Observateur, l’ancien Secrétaire général du Ministère du Numérique expliquait que l’arrivée de Starlink et, plus largement, des opérateurs satellitaires, allait obliger plusieurs pays africains à adapter des cadres réglementaires historiquement construits autour des opérateurs et réseaux terrestres.
L’expert pointait notamment la question de la concurrence. Un opérateur satellitaire et un opérateur télécoms traditionnel n’évoluent ni avec les mêmes infrastructures, ni avec les mêmes modèles économiques, ni nécessairement avec les mêmes contraintes. Leur coexistence sur un même marché ne pouvait donc se faire sans poser, tôt ou tard, des questions d’équité et de régulation, à ses yeux.
Quatre mois plus tard, l’avertissement résonne autrement.Saisie par Sonatel, la Cour suprême vient de suspendre provisoirement l’exécution de l’arrêté autorisant Starlink Sénégal SUARL à fournir des services d’accès fixe à Internet par satellite. L’opérateur historique conteste notamment les conditions d’entrée du géant américain sur le marché au regard des importantes obligations financières et réglementaires auxquelles il est lui-même soumis.
La Cour n’annule pas, à ce stade, l’autorisation de Starlink. Mais elle considère que les moyens soulevés sont suffisamment sérieux pour faire naître un doute sur sa légalité.
Mais il y avait un autre signal avant-coureur. Le 9 novembre 2025, Le Tech Observateur publiait un dossier intitulé « Internet par satellite au Sénégal : le silence institutionnel qui interroge ». Après l’annonce faite à New York par le Président Bassirou Diomaye Faye, affirmant que l’État avait « signé avec un opérateur satellitaire », nous avions cherché à comprendre : avec quel opérateur ? Sous quel statut ? Avec quelles autorisations ? Quelles obligations ? Et quelles conséquences pour les opérateurs déjà présents sur le marché ?
Sur un sujet pourtant annoncé au plus haut niveau de l’État, obtenir des réponses s’était révélé étonnamment difficile.
Le Ministère n’avait pas répondu aux sollicitations du Tech Observateur. L’ARTP indiquait ne pas pouvoir « trop se prononcer sur ce sujet pour le moment ». Le FDSUT disait attendre des « concertations » avec sa tutelle.
Sonatel avait été l’un des rares acteurs à répondre clairement à nos questions. Et déjà, l’opérateur historique soulevait le sujet qui se retrouve aujourd’hui au cœur du contentieux : l’équité de la concurrence et la différence entre les obligations supportées par les opérateurs titulaires de licences et celles susceptibles de s’appliquer à un acteur satellitaire.