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Fatou Binetou Ndiaye, Mastercard Foundation EdTech Fellowship : “L’objectif est que chaque startup soit en mesure de démontrer, chiffres à l’appui, la valeur réelle de sa solution auprès des partenaires, des investisseurs et des institutions publiques”

Fatou Binetou Ndiaye, Mastercard Foundation EdTech Fellowship : “L’objectif est que chaque startup soit en mesure de démontrer, chiffres à l’appui, la valeur réelle de sa solution auprès des partenaires, des investisseurs et des institutions publiques”

À l’occasion du lancement de la troisième cohorte du Mastercard Foundation EdTech Fellowship, Le Tech Observateur s’est entretenu avec Fatou Binetou Ndiaye, figure engagée de l’écosystème EdTech en Afrique de l’Ouest. Dans cet entretien exclusif, la Chargée de communication à la Mastercard Foundation EdTech Fellowship revient sur les problématiques majeures des systèmes éducatifs au Sénégal et au Bénin, les enseignements tirés des premières cohortes et les ambitions de cette nouvelle phase placée sous le signe de la consolidation, de l’impact mesurable et de l’inclusion.

Une plongée au cœur d’un programme qui entend transformer durablement l’éducation par l’innovation entrepreneuriale.

Le Tech Observateur – Aujourd’hui, quels enjeux prioritaires du système éducatif au Sénégal et au Bénin ce programme ambitionne-t-il d’adresser ?

Fatou Binetou Ndiaye – Le véritable enjeu aujourd’hui n’est plus uniquement d’aller à l’école, mais d’y apprendre efficacement. Au Sénégal comme au Bénin, les systèmes éducatifs ont progressé en matière d’accès, mais des inégalités persistent : disparités territoriales, ressources pédagogiques limitées, intégration encore partielle du numérique et difficultés à adapter les apprentissages aux réalités économiques actuelles.

Le programme soutient des entrepreneurs qui proposent des réponses concrètes à ces défis. Il s’agit d’améliorer la qualité des apprentissages, d’outiller les enseignants et de rendre l’éducation plus inclusive, notamment pour les communautés les plus éloignées des centres urbains.

À travers ce programme, Etrilabs joue un rôle de catalyseur : nous créons des passerelles entre startups, institutions éducatives, investisseurs et partenaires techniques afin de transformer des initiatives innovantes en solutions structurées et durables.

Le Tech Observateur – En quoi cette troisième cohorte se distingue-t-elle des précédentes ?

Fatou Binetou Ndiaye – Les deux premières cohortes ont permis de poser les bases d’un véritable écosystème EdTech au Sénégal et au Bénin. Elles ont contribué à rendre les acteurs plus visibles, à renforcer les collaborations et à positionner l’EdTech comme un levier crédible de transformation éducative.

La troisième cohorte s’inscrit dans une logique de capitalisation. Nous ne partons plus de zéro : nous construisons sur un écosystème désormais plus mature, mieux organisé et mieux identifié par les partenaires publics et privés.

Une spécificité majeure de cette cohorte réside donc dans cette phase de consolidation stratégique. Nous accompagnons 14 startups avec une ambition plus affirmée : transformer les acquis des premières cohortes en dynamique durable de marché.

Par ailleurs, L’expérience acquise par Etrilabs sur les précédentes cohortes nous permet aujourd’hui d’offrir un accompagnement plus stratégique, plus ciblé et davantage orienté vers la performance.

Le Tech Observateur – Quand vous recevez les candidatures, quels sont les signaux forts qui vous permettent d’identifier un projet à fort potentiel, au-delà de l’étiquette « EdTech » ?

Fatou Binetou Ndiaye – Nous regardons au-delà de la dimension technologique. Une solution pertinente commence par une compréhension fine du problème éducatif qu’elle cherche à résoudre. Les projets les plus solides démontrent qu’ils connaissent leurs bénéficiaires, leurs contraintes et l’environnement institutionnel dans lequel ils évoluent.

L’équipe fondatrice joue également un rôle déterminant. Le secteur éducatif est exigeant : il demande patience, rigueur et capacité d’adaptation. Enfin, nous analysons la cohérence entre l’impact visé et le modèle économique. Une startup à fort potentiel est celle qui parvient à concilier transformation sociale et viabilité financière.

Le Tech Observateur – Vous mettez en avant la notion d’impact éducatif mesurable. Comment cette exigence se traduit-elle concrètement dans le suivi des startups ?

Fatou Binetou Ndiaye – L’impact mesurable est une colonne vertébrale du programme. Dès leur intégration, les startups travaillent à définir des indicateurs précis liés à l’apprentissage, à l’accès ou à la performance éducative.

Nous les accompagnons dans la structuration de leurs outils de collecte et d’analyse de données, afin que leurs décisions stratégiques reposent sur des éléments concrets. Des points de suivi réguliers permettent d’évaluer les progrès réalisés et d’ajuster les trajectoires si nécessaire.

L’objectif est que chaque startup soit en mesure de démontrer, chiffres à l’appui, la valeur réelle de sa solution auprès des partenaires, des investisseurs et des institutions publiques.

Le Tech Observateur – Le programme affirme vouloir toucher des entrepreneurs hors des capitales et des publics souvent sous-représentés. Comment transformez-vous cette intention en actions réelles sur le terrain ?

Fatou Binetou Ndiaye – Notre démarche repose sur un travail étroit avec les acteurs locaux. Nous collaborons avec des structures d’accompagnement et des relais territoriaux afin d’identifier des porteurs de projets en dehors des circuits habituels de l’innovation.

Nous organisons également des interventions physiques dans des zones reculées pour sensibiliser les entrepreneurs au programme et au rôle d’Etrilabs dans le développement de l’écosystème EdTech.

Une attention particulière est accordée aux équipes féminines ainsi qu’aux startups développant des solutions pour les personnes en situation de handicap. L’inclusion doit se refléter concrètement dans la composition des cohortes et dans les solutions soutenues.

Le Tech Observateur – Le choix d’un financement sans prise de participation est fort. Pourquoi ce modèle vous semble-t-il le plus adapté au contexte ouest-africain ?

Fatou Binetou Ndiaye – Le modèle sans prise de participation, aligné avec la mission de la Mastercard Foundation, permet aux startups de se structurer sans pression liée à la dilution de leur capital.

Cependant, le programme ne se limite pas à un financement initial. Il agit comme un véritable tremplin vers la levée de fonds. Nous proposons des formations dédiées à la préparation à l’investissement, nous travaillons avec des investisseurs qui suivent de près l’évolution des startups, et des Demo Days sont organisés pour leur permettre de pitcher devant des partenaires financiers.

L’objectif est qu’à l’issue, et même pendant le programme, les startups soient en capacité de mobiliser des financements supplémentaires. Le Fellowship renforce leur crédibilité, leur structuration et leur attractivité.

Le Tech Observateur – À l’inverse, quelles sont les limites ou fragilités que vous observez le plus souvent chez les startups EdTech qui postulent ?

Fatou Binetou Ndiaye – Beaucoup arrivent avec une vision très ambitieuse (révolutionner l’éducation, garantir l’insertion, former des milliers d’apprenants…), mais sans un problème ultra précis clairement défini ni une cible bien cadrée.

On observe aussi pas mal de dispersion : trop d’offres en même temps (bootcamps + cours en ligne + B2B + B2C + insertion + consulting…), du coup aucune traction vraiment forte sur un segment précis.

Autre point important : le modèle économique. Souvent les prix ne sont pas calculés à partir des coûts réels, la marge n’est pas claire, et la dépendance aux subventions est forte. Certaines génèrent du chiffre d’affaires, mais ne savent pas si elles sont réellement rentables.

Et enfin, il y a souvent un déséquilibre dans l’équipe : beaucoup de profils pédagogiques ou tech, mais peu de profils business capables de structurer l’acquisition, les partenariats et la croissance.

Globalement, le potentiel est là, l’impact aussi, mais ce qui manque le plus c’est la structuration stratégique et la discipline d’exécution.

Le Tech Observateur – Comment accompagnez-vous les porteurs de projets dans la recherche d’un équilibre entre impact social, exigences économiques et passage à l’échelle ?

Fatou Binetou Ndiaye – Dans notre approche, ces trois dimensions vont de pair. L’impact social ne peut être durable sans viabilité économique, et le passage à l’échelle n’a de sens que s’il amplifie un impact réel et mesurable.

Nous accompagnons les startups dans l’alignement entre mission et modèle économique, en veillant à ce que leur croissance renforce leur impact plutôt que de le diluer. Une attention particulière est portée à la dimension genre, notamment à l’intégration des femmes — qui représentent la moitié de la population – dans les solutions développées. Cette réalité est à la fois sociale et économique.

Notre objectif est clair : permettre aux startups de croître de manière structurée, tout en consolidant leur contribution à la transformation éducative.

Le Tech Observateur – À la fin du parcours – accélération et suivi post-programme – qu’est-ce qui, pour vous, caractérise une startup réellement transformée par le Fellowship ?

Fatou Binetou Ndiaye – Une startup transformée est une organisation plus structurée et plus stratégique. Elle dispose d’indicateurs d’impact maîtrisés, d’une vision clarifiée et d’une trajectoire de croissance cohérente.

Elle est également capable de dialoguer avec des partenaires institutionnels et financiers avec davantage de crédibilité. La transformation est autant interne — gouvernance, processus, stratégie — qu’externe.

Le Tech Observateur – Quel message souhaitez-vous adresser à celles et ceux qui hésitent encore à candidater ?

Fatou Binetou Ndiaye – Le Fellowship s’adresse à des entrepreneurs engagés et prêts à franchir une étape décisive. Candidater signifie accepter un cadre exigeant, une remise en question constructive et un accompagnement structurant.

Pour celles et ceux qui souhaitent consolider leur solution et contribuer concrètement à l’amélioration des systèmes éducatifs en Afrique de l’Ouest, cette cohorte représente une opportunité déterminante.

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