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Dakar, source d’inspiration pour l’écosystème tech congolais

Dakar, source d’inspiration pour l’écosystème tech congolais

Le Sénégal s’affirme, au fil des années, comme l’un des pôles majeurs de l’innovation en Afrique de l’Ouest. C’est dans ce contexte que la capitale sénégalaise vient d’accueillir une délégation de cinq représentants de structures d’appui à l’entrepreunariat et à l’innovation de la République démocratique du Congo de la République démocratique du Congo, venus s’immerger dans un écosystème entrepreneurial reconnu pour son niveau de structuration et la diversité de ses acteurs.

Organisée par l’International Trade Centre (ITC), cette mission d’exploration s’inscrit dans le cadre du programme UK Trade Partnerships (UKTP), financé par le Royaume-Uni. L’objectif n’était pas de dresser un classement ou d’opposer deux réalités nationales, mais bien de permettre aux participants congolais de mieux comprendre les ressorts d’un écosystème africain arrivé à un stade avancé de maturation, afin d’en tirer des enseignements concrets pour leurs propres contextes.

Comprendre plutôt que comparer

Pendant plusieurs jours, la délégation congolaise a multiplié les rencontres avec des hubs d’innovation, des incubateurs, des accélérateurs, des investisseurs, des structures de venture building ainsi que des acteurs publics sénégalais. Une immersion dense, pensée comme un exercice d’observation active, où chaque échange visait à décoder les mécanismes invisibles qui permettent à un écosystème de fonctionner de manière cohérente.

Cette approche assumée de non-comparaison a été l’un des marqueurs forts de la mission. Il s’agissait avant tout de replacer l’expérience sénégalaise dans une lecture temporelle, en tenant compte de son histoire, de ses tâtonnements et de ses choix structurants. Pour Lionel Kabeya, Responsable de la communication et Secrétaire de la Commission nationale Jeunes Entrepreneurs à la Fédération des Entreprises du Congo, cette mise en perspective est essentielle : « L’écosystème sénégalais n’est pas encore parfait, mais des échanges que nous avons eus avec les différentes parties prenantes et acteurs, nous comprenons que l’écosystème de Kinshasa est à un stade où le Sénégal était il y a dix ans ». Ce constat plutôt rassurant est partagé par les autres membres de la délégation congolaise, souvent tentés de mesurer leur retard sans toujours intégrer la dimension du temps long nécessaire à la structuration d’un écosystème.

Du cycle incubation–accélération à des modèles plus intégrés

L’expérience sénégalaise montre en effet que l’écosystème n’a pas émergé ex-nihilo. Il s’est construit progressivement, en passant par des phases successives de pré-incubation, d’incubation et d’accélération, avant d’évoluer vers des modèles plus complexes et plus intégrés. « Aujourd’hui, on observe beaucoup plus d’acteurs sous forme de venture builders et de start-up studios, et cela me rend confiant pour l’avenir de l’écosystème congolais », poursuit Lionel Kabeya. Et ces structures, orientées vers la création d’entreprises sur le long terme, incarnent un changement d’échelle.

Contrairement aux dispositifs classiques, souvent limités dans le temps, les venture builders et start-up studios accompagnent les projets de la conception à l’exécution, en mobilisant à la fois capital, expertise stratégique et capacités opérationnelles, fait remarquer Lionel. Pour la délégation congolaise, cette évolution représente une piste majeure pour dépasser les logiques d’expérimentation ponctuelle et viser l’émergence de véritables champions technologiques.

Dakar, un écosystème qui se parle

Autre enseignement clé de l’immersion : la qualité des interactions entre les différents acteurs de l’écosystème sénégalais. À Dakar, hubs, investisseurs, structures d’accompagnement et institutions publiques semblent évoluer dans un espace relativement fluide, où l’information circule et où les passerelles sont nombreuses. Un élément particulièrement marquant pour Sara Twana, Responsable de l’accompagnement entrepreneurial à Silikin Village. « Ces jours passés à Dakar ont été très satisfaisants et surtout enrichissants. Nous avons découvert un écosystème en pleine maturation, où l’accompagnement rencontre le financement et où les acteurs se parlent réellement », confie-t-elle, persuadée que cette interconnexion favorise une meilleure orientation des entrepreneurs, réduit les doublons et permet une allocation plus efficace des ressources.

L’ancienne pensionnaire de l’Université catholique du Congo insiste également sur la dimension collaborative observée sur place : « Le modèle que nous avons le plus rencontré ici, c’est celui du studio et du venture builder. C’est un modèle qui devra être testé chez nous si nous voulons faire émerger de véritables champions, en prenant soin de l’adapter à nos réalités locales ».

Le rôle structurant de l’action publique

Si le dynamisme du secteur privé est indéniable, l’implication de l’État sénégalais apparaît comme un autre pilier fondamental de la structuration de l’écosystème. Les échanges avec les acteurs institutionnels ont mis en lumière l’importance d’une vision publique claire et de dispositifs adaptés pour soutenir l’innovation. Un point qui a particulièrement marqué Carine Ndaya Banza, Superviseure de l’incubateur à Pull Up Business Women. « Je repars de Dakar assez impressionnée. J’ai découvert un écosystème entrepreneurial présent, actif et dynamique, où l’on prend des projets et on les rend vivants, jusqu’à en faire des réussites », note-t-elle, tout en soulignant l’effet catalyseur de structures publiques comme la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (DER/FJ). « L’implication réelle du pouvoir public, notamment à travers la DER, change clairement la donne. Cela nous donne une autre idée de la manière d’aborder l’entrepreneuriat et de rendre notre accompagnement plus impactant », se félicite Carine ; Cette synergie entre secteur privé et action publique apparaît comme l’un des leviers majeurs de la réussite sénégalaise.

Une immersion humaine avant tout

Au-delà des enseignements techniques et stratégiques, la mission a également été marquée par une forte dimension humaine. Les échanges informels, les retours d’expérience et les discussions ouvertes ont contribué à renforcer les liens entre les écosystèmes sénégalais et congolais. Rob Dewar, Green Advisor à l’Ambassade du Royaume-Uni en RDC, insiste sur le fait que cette immersion « a été profondément humaine ». Elle a permis, selon lui, « des échanges riches avec des acteurs très dynamiques de l’écosystème sénégalais », tout en ayant favorisé « une compréhension mutuelle au-delà des simples présentations institutionnelles ». « L’ambassade souhaite voir davantage de startups réussir en RDC et je suis vraiment ravi de la qualité des échanges, qui peuvent renforcer les capacités de l’écosystème », a conclu Monsieur Dewar, à l’issue de sa visite dans la capitale sénégalaise ».

Un levier stratégique pour le programme UKTP en RDC

Cette mission d’exploration s’inscrit dans le cadre plus large du programme UK Trade Partnerships en RDC, mis en œuvre par l’International Trade Centre avec l’appui de l’ANAPEX. Le programme vise à soutenir les PME congolaises du numérique (IT, BPO et start-up technologiques) afin de renforcer leur compétitivité et leur accès aux marchés internationaux, notamment le Royaume-Uni.

Prévu jusqu’en mars 2026, l’UKTP combine formations, coaching, structuration des pipelines commerciaux et participation à des événements internationaux de référence. Les enseignements tirés de l’immersion dakaroise constituent désormais un socle stratégique pour ajuster les dispositifs d’accompagnement en RDC. À terme, l’ambition est claire. Il s’agit d’accélérer la maturation de l’écosystème d’innovation congolais et lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la transformation économique du pays, en s’inspirant de trajectoires africaines qui ont su conjuguer patience, structuration et vision de long terme.

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